Remèdes du Monde : La médecine celte

La civilisation celte, souvent mal comprise et réduite à une image de peuple primitif par la culture populaire et le cinéma, était en réalité dotée d’une société avancée, notamment dans la maîtrise du bronze grâce à la fusion du cuivre et de l’étain. Les Celtes se distinguaient aussi par leur approche holistique de la vie et leur ancrage profond dans la nature, qu’ils considéraient comme sacrée. Leur spiritualité imprégnait tous les aspects de leur quotidien, et la santé était intimement liée à l’équilibre avec l’environnement et à la pratique d’un mode de vie sain.

La spiritualité et la médecine des Celtes

Les Celtes vivaient volontairement en milieu rural, exprimant une grande proximité avec la terre, perçue comme la Terre Mère à protéger. Les druides, figures centrales de la société celtique, assuraient la transmission des savoirs et la préservation d’un mode de vie respectueux de l’esprit de toute chose, selon les principes de l’animisme. Les arbres occupaient une place fondamentale, au point d’inspirer leur alphabet et d’être au cœur de nombreuses pratiques médicinales. Les druides, véritables chamans, recouraient largement aux plantes et aux arbres pour soigner.

Les différents remèdes de la médecine celte sont encore présents aujourd’hui en Irlande, mais aussi en Grande-Bretagne, au Pays de Galles et dans diverses régions d’Europe, bien que leur abondance varie selon les zones.

Note : Les informations mentionnées sont fournies à titre informatif uniquement. Il est recommandé de consulter un herboriste ou un naturopathe qualifié avant d’utiliser ces plantes à des fins thérapeutiques.

Plantes et remèdes de la médecine celte

Myrtille (Fraochán)

La myrtille poussait en abondance dans les forêts, sur les berges et dans les tourbières irlandaises, notamment dans la région des Midlands. Les Celtes récoltaient ces fruits pour les consommer frais. Appréciées pour leur facilité d’utilisation, les myrtilles étaient consommées telles quelles, constituant l’un des remèdes les plus accessibles.

Riches en antioxydants, les myrtilles protègent les parois des artères et préviennent l’accumulation de graisses dans les veines. Elles seraient également bénéfiques pour la barrière hémato-encéphalique, limitant l’accès de substances nocives au cerveau et contribuant à la prévention de maladies dégénératives. Ces baies contiennent aussi des anthocyanidines, pigments aux propriétés anti-cancéreuses et anti-histaminiques, soutenant le système immunitaire.

Les bienfaits de la myrtille s’étendent à la vision : durant la Seconde Guerre mondiale, les pilotes britanniques consommaient de la confiture de myrtille pour améliorer leur vue nocturne. Elle favorise également la santé de la peau en maintenant son élasticité. Les Celtes lui accordaient une telle importance qu’ils célébraient la maturation de la myrtille lors du Festival de Lugnasa, toujours fêté dans certaines régions sous le nom de « dimanche de Fraochán ».

Bardane

Malgré sa réputation actuelle de mauvaise herbe, la bardane était valorisée par les Celtes pour ses vertus médicinales et alimentaires, ses racines étant consommées crues ou cuites. Aucune plante n’était considérée comme inutile ; chacune avait ses vertus.

La bardane est reconnue pour ses propriétés détoxifiantes, stimulant le corps à éliminer les toxines via les poumons, le foie, les reins, la transpiration et le système lymphatique. Elle était utilisée pour traiter l’acné, l’eczéma, le psoriasis et pour réguler le système hormonal grâce à sa richesse en stérols végétaux. Les personnes âgées souffrant d’arthrite, de sciatique ou de goutte pouvaient aussi se voir administrer de la bardane, en raison de ses effets anti-inflammatoires et alcalinisants.

La racine de bardane se récolte idéalement en juillet, période où sa valeur médicinale est optimale, et se consomme en infusion pour ses bienfaits détoxifiants.

Ortie (Neanntóg)

L’ortie a traversé les âges, accompagnant l’homme depuis la préhistoire. Elle pousse dans les environnements riches en soleil et en humidité. Bien que son contact provoque une sensation de brûlure due à l’injection d’histamine par ses poils urticants, l’ortie était estimée pour ses propriétés médicinales.

Les Celtes l’utilisaient pour arrêter les saignements et prévenir les hémorragies, notamment sur les champs de bataille ou pour soulager les menstruations abondantes. En plus de ses usages thérapeutiques, l’ortie servait à la fabrication de textiles grâce à ses fibres robustes. Aujourd’hui, la lectine de l’ortie est reconnue pour son efficacité dans le traitement des troubles de la prostate.

L’ortie occupait aussi une place de choix dans le folklore celtique, étant considérée comme un indicateur de la présence de fées et un moyen de se protéger de la sorcellerie.

Gui (Drualas)

Le gui aurait été introduit en Irlande par les Grecs, qui échangeaient savoirs et remèdes avec les Celtes. Présent dans la mythologie grecque comme remède sacré, il a été adopté par les Celtes et cultivé, notamment sur les pommiers, le gui de ces arbres étant appelé « branche d’argent » et consacré au dieu Manannan, divinité de la mer.

Le gui est devenu rare en Irlande, mais il demeure un symbole fort des anciennes traditions. Les druides l’utilisaient lors de la fête du solstice d’hiver, Alban Arthuan. Selon Pline, ils le récoltaient à la nouvelle lune et l’utilisaient dans des rituels pour honorer le dieu du chêne, Hu, lui attribuant des vertus pour la vigueur sexuelle.

Les baies de gui, hallucinogènes à forte dose, servaient probablement lors des rituels d’accès aux « autres mondes ». Aujourd’hui, le gui est étudié pour ses applications dans le traitement du cancer, notamment à travers des préparations comme l’Iscador. Cependant, son usage demeure réservé aux spécialistes en raison de sa puissance.

Pissenlit (Caisearbhán)

Le pissenlit, très répandu en Irlande, était couramment utilisé par les Celtes. Sa cueillette coïncidait avec la fête de la Déesse Blanche, devenue plus tard la Sainte Brigitte pour le christianisme. Les racines servaient notamment à traiter la fièvre, le paludisme, la jaunisse et à stimuler le foie, comme l’attestent des textes médicaux du XIIe siècle et des archives du folklore irlandais.

La racine de chicorée, proche du pissenlit, était également employée pour ses propriétés similaires. Le pissenlit fut intégré aux répertoires médicinaux des monastères médiévaux et utilisé pour la fabrication de toniques de printemps, en phase avec les cycles naturels.

De nos jours, il est reconnu comme détoxifiant, facilitant l’élimination des toxines par le foie et les reins, stimulant la digestion et prévenant la formation de calculs biliaires.

Saule (Saille)

Le saule était une plante sacrée pour les Celtes, honorée durant une période spécifique de leur calendrier. Son écorce était connue pour ses effets sur les rhumatismes, en particulier dans les régions humides. Il était également associé à la déesse Arduinna et au dieu Beli.

L’acide acétylsalicylique, extrait de l’écorce de saule, est aujourd’hui à la base de l’aspirine. Traditionnellement, son administration se faisait sous forme d’infusion, quelques grammes d’écorce étant bouillis dans une pinte d’eau et consommés trois fois par jour pour ses propriétés anti-inflammatoires.

Consoude (Lus na Cnámh Briste)

Le nom gaélique de la consoude signifie « réparateur des os brisés ». Cette plante était appliquée en cataplasme pour les entorses, foulures, contusions et enflures. Son usage s’est perpétué jusqu’à récemment dans certaines familles d’Irlande, témoignant de la transmission des savoirs ancestraux.

La consoude pousse toute l’année et était facilement accessible aux guérisseurs celtiques. Ses propriétés astringentes en faisaient un remède contre les hémorragies internes, administrée en décoction. Elle était également appréciée pour ses effets réparateurs sur les tissus, utilisée notamment pour soigner les blessures ouvertes. Des débats subsistent aujourd’hui sur sa toxicité, mais aucune preuve définitive n’a été établie.

Sources
  • M. Dillon et N. Chadwick, Le Celtic Realms (Londres, 1967)
  • Angela Paine, Le pouvoir de guérison des plantes celtiques : leur histoire, leur utilisation, et les preuves scientifiques de leurs bienfaits, 18 septembre 2006
  • Michael Terra, The Way of Herbs, 1998
  • David E. Allen, Gabrielle Hatfield, Plantes médicinales dans Folk Tradition, 18 juillet 2012

Source : remedes-de-grand-mere.com