
La loi sur l’aide à mourir a été adoptée à l’Assemblée nationale par 295 voix contre 232. Pour le juriste et essayiste Grégor Puppinck, directeur du think tank chrétien conservateur ECLJ, ce vote marque bien plus qu’un simple basculement législatif : c’est une étape supplémentaire dans la chute de la France, dans le délitement de la moralité, du lien social et dans l’abandon des plus vulnérables.
Ceux qui ont voté pour ce texte croient y voir un progrès. Selon Grégor Puppinck, c’est l’inverse. Cette loi fragilise les personnes, déshumanise la société et révèle l’aveuglement d’une génération désabusée, largement matérialiste et athée, qui organise les modalités de sa propre mort.
Une mort absurde, anticipée et industrialisée
Dans une conception matérialiste et athée de l’existence, la vieillesse et la souffrance apparaissent absurdes. Dès lors, cette génération façonne une mort à son image : absurde, anticipée, déshumanisée, industrialisée, rationalisée par les économies considérables qu’elle promet. Puppinck souligne la fascination de ces élus pour le pouvoir qu’ils croient s’être donné en adoptant ce texte, tout en restant aveugles aux conséquences terribles qui en découleront.
Les risques ont été rappelés dix fois, cent fois, mille fois. Le délai de 48 heures, l’interdiction de contester en justice la décision du médecin, la possibilité pour les personnes sous tutelle de demander l’euthanasie : autant de dispositions élémentaires que les députés n’ont pas su, ou pas voulu, limiter. Puppinck parle d’une véritable obstination euthanasiste et d’un refus de poser des garde-fous minimaux.
Un clivage qui traverse les partis
Le détail des votes révèle une thématique largement transpartisane. À La France insoumise, le soutien est massif : 62 voix pour et seulement 2 contre. Au Rassemblement national, 103 députés ont voté contre, mais 14 se sont prononcés pour, dont des figures comme Sébastien Chenu ou Jean-Philippe Tanguy. L’UDR, le parti d’Éric Ciotti, s’est en revanche positionné uniquement contre : c’est le seul groupe à avoir fait bloc. Puppinck salue le courage de ces élus, notamment de jeunes députés comme M. Trébuchet, dont les interventions lui ont paru remarquables.
Du côté des démocrates, le score était de 19 contre 16 ; chez LIOT, de 9 contre 7. La ligne de fracture ne suit donc pas mécaniquement les étiquettes partisanes. Ce qui sépare vraiment les pour et les contre, estime Puppinck, c’est le rapport à la religion, à la nature humaine, à Dieu et à la liberté.
Deux France face à face
Cette division renvoie, selon lui, à celle qui remonte à la Révolution française. D’un côté, ceux qui glorifient l’homme sans Dieu, qui célèbrent la liberté par la mort et veulent s’émanciper de tout, quitte à sacrifier l’homme lui-même. De l’autre, ceux qui portent une conception plus humaine, plus prudente, plus réaliste, et qui affirment que ce texte est tout simplement inhumain, porté par l’idéologie.
Les références à la franc-maçonnerie dans ce dossier sont, pour Puppinck, évidentes. Emmanuel Macron lui-même, dans un extrait du 5 mai 2025, affirmait avoir lu les recommandations de la Grande Loge de France et estimait qu’il était bon que les francs-maçons, comme les autres grandes familles spirituelles, s’emparent du débat sur la fin de vie. Il les invitait même à en être fiers, face aux critiques qui leur reprochaient de peser sur ces débats.
La franc-maçonnerie est aux avant-postes de la bataille, la bataille qui importe si nous voulons façonner le siècle pour le bien de l’humanité.
Même si le président relativise l’idée d’un lobbying, le fait qu’il ait lu et jugé intéressants les textes de la Grande Loge de France en faveur de l’euthanasie est, pour Puppinck, très révélateur.
La franc-maçonnerie, religion de l’homme sans Dieu
La filiation intellectuelle est claire : celle du siècle des Lumières, qui vise à réorganiser la France et le monde sans Dieu. Laïcisation des écoles, transformation des hôpitaux : toute l’histoire de France porte la marque de ce projet. La franc-maçonnerie, rappelle Puppinck, présente tous les traits d’une religion : un dogme, des rites, une communauté, une eschatologie, des croyances. Ses temples sont des fac-similés d’églises. Ce n’est pas l’absence de religion, c’est une autre religion : celle de l’homme sans Dieu, qui, par sa propre glorification, veut recréer un monde à son image. D’où cette volonté d’organiser une mort qui leur ressemble : une mort où ils croient être tout-puissants, mais dans laquelle ils sombrent dans l’absurde et la perte d’humanité. L’orgueil valorise la puissance ; en même temps, l’homme se dégrade. Tel est le piège de leur pensée.
Des Lumières à l’eugénisme, jusqu’à la DMD
Le mouvement de promotion de l’euthanasie est directement issu du courant de la libre pensée : matérialiste, athée, progressiste. Pour ses promoteurs, le progrès signifie que l’homme, par la science, prend le contrôle de lui-même, de sa destinée et de son évolution. Cette vision s’est formalisée à la fin du XIXe et au début du XXe siècle dans la pensée progressiste eugéniste néo-darwinienne. L’eugénisme a toujours été un progressisme scientiste, athée et matérialiste, visant le progrès de la race, de l’espèce, de l’humanité sans Dieu : une forme d’auto-déification.
Aujourd’hui, cet eugénisme progressiste s’exprime notamment sous la forme du transhumanisme. Parmi ses principales manifestations figurent le contrôle des naissances — avec les politiques démographiques de la seconde moitié du XXe siècle — et le contrôle de la mort, via l’euthanasie.
La DMD française a été fondée très largement par des responsables de la franc-maçonnerie. Ses principaux membres historiques étaient issus des loges, au point qu’il était parfois difficile de distinguer la DMD de la franc-maçonnerie. Son logo reprenait un triangle, héritage de cette symbolique. La DMD tire son nom d’une organisation américaine et son logo d’une organisation britannique, toutes deux issues des mouvements eugénistes des années 1920 et 1930. On y retrouve Julian Huxley, grand patron des humanistes internationaux, le fondateur de l’association humaniste américaine, ainsi que le milieu de la Fabian Society, autour de figures comme George Bernard Shaw.
Ces mouvements pro-euthanasie britanniques et américains, fondés dans les années 1930 à partir de l’eugénisme, ont soutenu l’euthanasie forcée et entretenu des liens étroits avec la politique mise en œuvre en Allemagne et en Pologne. Le fondateur de l’association américaine pour l’euthanasie, dont la DMD française tire son nom, faisait l’apologie de l’euthanasie des enfants polonais par les Allemands pendant la guerre et recommandait l’usage de « chambres létales » pour traiter le problème des personnes handicapées.
Après la Seconde Guerre mondiale, ces mouvements ont continué, malgré les crimes connus, à ne pas dénoncer l’euthanasie forcée. En 1988, la DMD française a débattu de l’inscription dans ses statuts d’un rejet par principe de l’euthanasie forcée, pour ne soutenir que l’euthanasie volontaire. Il n’y a pas eu de majorité suffisante. Les statuts n’ont pas été modifiés en ce sens.
Les propos glaçants d’Odette Thibault
Parmi les fondateurs de la DMD figurent Pierre Simon et Odette Thibault. Cette dernière, fondatrice et théoricienne de l’association, affirmait qu’une personne âgée ayant perdu une partie de ses capacités intellectuelles, ou une personne un peu handicapée, se trouve déjà dans un état infra-humain ou sous-humain. Elle justifiait totalement leur suppression : s’ils sont infra ou sous-humains, ce n’est pas un crime de les tuer, puisqu’ils ne sont plus humains — ou pas encore, ou pas du tout.
Le même raisonnement valait pour les nouveau-nés handicapés : ils ne seraient pas humains faute de capacités intellectuelles pleines, donc les tuer ne serait pas un meurtre. Sans Dieu, nous ne sommes que des animaux, un tas de chair n’ayant pas d’âme. Pierre Simon, cofondateur de la DMD avec Odette Thibault, le résumait ainsi : la vie est un matériau qu’il faut gérer de façon rationnelle. Comme un fruit. Les vieux coûtent cher, ne servent à rien et c’est moche : on peut les tuer.
Pour ces théoriciens, la dignité humaine, c’est l’homme puissant. Supprimer les nouveau-nés handicapés, c’est respecter la dignité humaine, car un nouveau-né handicapé serait un affront à l’humanité. Telle est leur conception du progrès.
Quels recours encore possibles ?
Face à ce texte, Grégor Puppinck évoque plusieurs voies. Le Conseil constitutionnel devra se prononcer. Certaines dispositions sont très problématiques, notamment l’interdiction de contester en justice la décision du médecin, qu’il juge totalement anticonstitutionnelle.
Des recours devront ensuite être menés au niveau européen, devant la Cour européenne des droits de l’homme, contre l’obligation faite à tous les établissements privés — en particulier confessionnels — d’accepter la pratique de l’euthanasie. L’enjeu est de défendre la liberté de conscience de ces établissements. Pendant la Seconde Guerre mondiale déjà, les nazis se plaignaient de ces religieuses et de ces médecins catholiques qui refusaient de mettre en œuvre leur politique. Ils exigeaient que la loi s’applique à tous, y compris aux bonnes sœurs. Celles-ci ont résisté, ont tenu, et ont eu gain de cause.
Défendre la liberté des établissements confessionnels, c’est essentiel pour chacun : pour qu’il existe encore des lieux où l’on soit en sécurité, où nos proches soient en sécurité. Sinon, il ne restera plus aucune assurance, et certains devront, lorsqu’ils en auront les moyens, placer leurs personnes vulnérables à l’étranger, dans des pays qui ne les exposent pas au risque de l’euthanasie.
Source : Tocsin







