Des milliers de femmes poursuivent Pfizer en affirmant que le contraceptif de l’entreprise leur a donné des tumeurs cérébrales… alors que le géant pharmaceutique ajoute le risque à son étiquette

Des milliers de femmes poursuivent Pfizer en affirmant que le contraceptif de l'entreprise leur a donné des tumeurs cérébrales... alors que le géant pharmaceutique ajoute le risque à son étiquette

Des milliers de femmes à travers les États-Unis ont engagé des poursuites judiciaires contre le géant pharmaceutique Pfizer. Elles affirment que son célèbre contraceptif injectable, le Depo-Provera, a provoqué l’apparition de tumeurs cérébrales bouleversant leur vie. Face à l’accumulation des plaintes et des preuves scientifiques, l’entreprise a récemment été contrainte d’ajouter un avertissement sur l’étiquette de son produit.

Une explosion des procédures judiciaires en 2026

Le Depo-Provera est une méthode contraceptive vieille de plusieurs décennies. Administrée par injection dans le bras ou les fesses une fois tous les trois mois, elle délivre une hormone de synthèse, un progestatif, pour empêcher la grossesse. Selon les données des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), près d’une femme sexuellement active sur quatre aux États-Unis, soit environ 40 000 000 de personnes, a utilisé ce produit au moins une fois au cours de sa vie.

Aujourd’hui, les conséquences de cette utilisation massive se retrouvent devant les tribunaux. En ce mois d’avril 2026, le nombre de plaignantes a connu une augmentation fulgurante. Plus de 4000 dossiers ont été déposés à l’échelle nationale, incluant les juridictions d’État et une procédure fédérale regroupée (MDL 3140) en Floride, qui compte à elle seule près de 3490 plaintes. Le rythme des nouveaux dépôts est vertigineux, atteignant parfois 650 nouvelles affaires par mois.

Un procès test très attendu est programmé pour le 7 décembre 2026. Cette première audience mettra en lumière le cas d’une plaignante souffrant notamment de troubles auditifs liés à sa tumeur. D’autres procès pilotes s’enchaîneront ensuite tous les 60 jours. Avant cela, des audiences cruciales se tiendront en juin 2026 pour déterminer la validité des témoignages des experts scientifiques devant les jurys.

Ce que révèlent les études scientifiques

Les poursuites s’appuient sur des recherches médicales récentes et accablantes. Le Depo-Provera contient de l’acétate de médroxyprogestérone, une version synthétique de la progestérone. Les experts estiment que ce progestatif surstimule les récepteurs situés dans les méninges, les membranes qui enveloppent le cerveau et la moelle épinière, favorisant ainsi la mutation des cellules et la formation de tumeurs appelées méningiomes.

Deux études majeures soutiennent cette hypothèse :

  • L’étude du British Medical Journal (2024) : Cette vaste recherche française, portant sur plus de 108 000 femmes, a démontré que l’utilisation du Depo-Provera pendant 12 mois ou plus multipliait par 5,6 le risque de développer un méningiome par rapport aux femmes n’utilisant pas ce produit.
  • L’étude d’Expert Opinion on Drug Safety (2025) : Ces travaux ont révélé que l’utilisation de cette injection pendant plus d’un an par des femmes en âge de procréer était associée à un risque 3,5 fois plus élevé de développer un méningiome intracrânien, comparativement à la prise de pilules contraceptives classiques.

Des tumeurs bénignes, mais aux conséquences dévastatrices

Chaque année, les méningiomes touchent 170 000 Américains. Bien que neuf sur dix soient bénins (non cancéreux), leur présence dans la boîte crânienne est loin d’être inoffensive. Ils peuvent se développer silencieusement pendant des décennies avant d’être détectés.

Virginia Buchanan, avocate associée au cabinet Levin Papantonio et membre du comité exécutif des plaignantes, souligne la gravité des symptômes. Les victimes rapportent des pertes de vision, d’audition ou d’odorat, ainsi que des crises d’épilepsie et des pertes de mémoire. La croissance lente de ces tumeurs signifie que des symptômes courants comme les maux de tête ou les problèmes de coordination peuvent mettre des années à être correctement diagnostiqués.

« Nous voyons des problèmes réels qui changent la vie », explique Maître Buchanan. Souvent, ce sont les proches qui remarquent en premier les changements cognitifs et comportementaux des patientes. Des femmes comme Andrea Faulks, 55 ans, qui a dû subir des traitements par radiothérapie, ou Sherry Brown, diagnostiquée avec deux méningiomes près de vingt ans après avoir arrêté les injections, illustrent la réalité de ces drames médicaux. Dans certains cas, l’ablation totale de la tumeur est impossible si elle compresse des nerfs vitaux.

La réaction tardive des autorités et la défense de Pfizer

Face à la pression croissante, la Food and Drug Administration (FDA) a finalement approuvé en décembre 2025 l’ajout d’un avertissement officiel sur les étiquettes du Depo-Provera concernant le risque de méningiome, recommandant l’arrêt du traitement si une telle tumeur est diagnostiquée. Pfizer, qui avait essuyé un premier refus de la FDA en 2024 pour modifier son étiquetage, avait lui-même formulé cette demande.

Cependant, pour les milliers de femmes concernées, cette mise en garde arrive beaucoup trop tard. L’axe principal des poursuites repose sur le défaut d’information : les plaignantes accusent Pfizer d’avoir connu ces risques de longue date sans alerter le public ni promouvoir des alternatives plus sûres.

De son côté, Pfizer nie toute négligence. L’entreprise maintient que son produit est sûr et efficace. Sur le plan juridique, le géant pharmaceutique s’abrite derrière la « préemption fédérale », arguant que le refus initial de la FDA de modifier l’étiquette en 2024 le protège des accusations de défaut d’avertissement. Le juge en charge du dossier n’a pas encore tranché définitivement sur cet argument de défense.

Alors que des cabinets d’avocats étudient également d’éventuels recours collectifs en Europe, au Canada ou en Australie, les avocats américains encouragent les femmes concernées à se manifester rapidement. Au-delà de l’aspect judiciaire, cette médiatisation a un objectif de santé publique : permettre aux anciennes utilisatrices du Depo-Provera d’obtenir un diagnostic plus rapide de leurs symptômes, évitant ainsi des chirurgies lourdes ou des handicaps irréversibles.

Source : dailymail.co.uk