Hommage à Christian Tal Schaller par Didier Santiago

Hommage à Christian Tal Schaller par Didier Santiago

Christian Tal Schaller nous a récemment quittés, laissant derrière lui l’héritage d’un homme qui n’a jamais fléchi dans ses convictions. Médecin de formation, il est devenu, au fil des années, une personnalité controversée, bannie des réseaux sociaux pour avoir défendu ses idées jusqu’au bout. Didier Santiago, qui l’a côtoyé pendant plusieurs années, lui rend un hommage touchant et partage quelques-uns de ses enseignements les plus marquants.

Un parcours marqué par la censure

Christian Tal Schaller résidait près de Montélimar, à environ 80 kilomètres du domicile de Didier Santiago. Ce dernier a participé à plusieurs de ses conférences en tant que vidéaste à partir de 2015 et a eu l’occasion de converser avec lui à maintes reprises. Ce qui frappait immédiatement chez cet homme, c’était sa joie de vivre et sa vivacité, une énergie communicative qui marquait tous ceux qui assistaient à ses interventions.

Mais son parcours a été brutalement interrompu par une censure massive. Tous ses contenus ont été effacés de toutes les plateformes de réseaux sociaux, sans même lui laisser la possibilité de les supprimer lui-même. YouTube a directement procédé à leur suppression, muselant ainsi complètement sa parole. Cette situation l’a contraint à quitter le pays pour s’installer à Madagascar, où il est décédé.

Un couple complémentaire au service de l’enseignement

Christian Tal Schaller formait avec son épouse, Johanne Razanamahay, un duo remarquable. Leur fils, Gwen Clappe, perpétue aujourd’hui leur héritage avec authenticité et simplicité. Dans leurs conférences, le couple incarnait parfaitement l’équilibre entre le masculin et le féminin. Lorsque Johanne prenait la parole, Christian l’accompagnait avec humour en mimant et illustrant ses propos, rendant ainsi les enseignements vivants et accessibles.

Ils ne se contentaient pas de transmettre des concepts théoriques, ils incarnaient leurs enseignements. Christian sautillait, souriait et jouait le clown pour démontrer l’importance de laisser s’exprimer toutes les facettes de notre personnalité. Cette approche théâtrale transformait chaque conférence en une expérience mémorable dont on ressortait avec des enseignements profondément ancrés.

L’enseignement des sous-personnalités

L’un des concepts centraux développés par Christian Tal Schaller concernait les sous-personnalités. Cette approche, que Gwen Clappe transmet toujours aujourd’hui, part du principe que nous abritons en nous plusieurs personnalités distinctes qui ont besoin de s’exprimer. Pour comprendre ce concept, on peut établir un parallèle avec la vision égyptienne ancienne : les embaumeurs séparaient les différents organes du corps et les plaçaient dans des canopes distinctes, reconnaissant ainsi à chaque organe son essence et son esprit propres.

Selon cette vision, nos organes ne sont pas de simples composants biologiques. Le cœur possède sa propre conscience, tout comme le foie ou les autres organes. Cette conception se retrouve également dans la médecine traditionnelle chinoise. Chaque organe abrite un esprit qui peut générer des émotions spécifiques : la colère pour le foie, par exemple. Ces sous-personnalités correspondent aux différents rôles que nous endossons dans la vie : le parent, l’amant, le professionnel, le clown ou encore celui qui a peur.

L’importance de laisser sortir le clown de la cave

Christian Tal Schaller insistait particulièrement sur la nécessité de laisser s’exprimer toutes ces sous-personnalités. Prenons l’exemple d’une mère avec son enfant : elle chante, fait des grimaces, joue les clowns, puis, l’instant d’après, elle devient ferme et pose des limites. Ces différents rôles ne sont pas de la comédie ; ce sont autant de facettes authentiques de sa personnalité qui ont besoin de s’exprimer.

Mais que se passe-t-il lorsqu’on empêche systématiquement ces personnages de s’exprimer ? Selon lui, une personne trop rigide, qui refuse de faire le clown ou qui étouffe ses émotions, risque un jour de voir toutes ces sous-personnalités exploser simultanément. Nous connaissons tous ces histoires tragiques d’adolescents « parfaits », toujours serviables, qui un jour commettent l’irréparable. Ces jeunes n’ont jamais eu la permission de faire les fous, de sortir avec leurs amis, d’exprimer leur besoin de légèreté.

Tout comme nous avons besoin d’une alimentation équilibrée combinant légumes, féculents et légumineuses, nous avons besoin d’un équilibre émotionnel. Il est nécessaire de rire, mais aussi de se faire peur de temps en temps. C’est pour cette raison que nous regardons des comédies ou des films d’horreur, que nous montons dans des manèges à sensations. Ces expériences permettent à nos sous-personnalités de s’exprimer dans un cadre sécurisé.

Les conséquences du refoulement émotionnel

Interrogé sur les risques encourus à ne jamais laisser ces personnages s’exprimer, Christian Tal Schaller répondait clairement que cela pouvait conduire à un « pétage de plomb » et même déclencher des maladies. Ces sous-personnalités ont en effet conscience de leur existence. Si on les étouffe systématiquement, elles finissent par se réunir et décider de provoquer une maladie pour forcer la personne à changer, dans cette vie ou dans la suivante.

On voit ainsi des personnes développer des problèmes pulmonaires sans jamais avoir fumé, ou des maladies du foie sans jamais avoir bu d’alcool. Lorsqu’on observe leur mode de vie, on constate souvent une rigidité psychologique importante et un refus de laisser s’exprimer certaines émotions. Ce que nous ne laissons pas s’exprimer finit par nous détruire de l’intérieur.

Le chamanisme sauvage comme clé de libération

Le chamanisme sauvage, tel qu’il est enseigné par Christian Tal Schaller et Johanne Razanamahay, repose sur cette libération des émotions. Il s’agit d’un chamanisme instinctif qui encourage à ne pas les réfréner. Pleurer quand on en a besoin n’est pas une faiblesse, mais une nécessité. Taper du poing sur la table pour exprimer sa colère permet d’exorciser quelque chose qui, autrement, nous rongerait de l’intérieur.

Christian Tal Schaller incarnait parfaitement cet enseignement. Il était totalement désinhibé, capable de passer du calme au rire en un instant et de faire le pitre pour illustrer un concept sérieux. Cette liberté d’expression n’était pas de la fantaisie ; c’était la démonstration vivante de ce qu’il enseignait : la nécessité de laisser s’exprimer tous nos personnages intérieurs.

Un homme d’honneur jusqu’au bout

Christian Tal Schaller était un homme d’honneur, une espèce en voie de disparition. Il n’a jamais cédé aux pressions et n’a jamais renoncé à ses convictions, quelles qu’en soient les conséquences. Sa récompense pour cette intégrité ? Des critiques incessantes et des ennuis qui l’ont contraint à quitter son pays. Même dans ses derniers moments, alors que ses forces l’abandonnaient, il a continué à répondre aux sollicitations, prenant le temps d’échanger depuis Madagascar.

Il avait laissé un témoignage avant son départ, une lettre destinée à toutes les communautés qui le suivaient, dans laquelle il expliquait que ses forces l’abandonnaient. Il demandait des prières, auxquelles ses soutiens ont certainement répondu. Jusqu’à la fin, il est resté fidèle à lui-même, chevaleresque dans ses convictions.

Son héritage se perpétue aujourd’hui à travers son fils, Gwen Clappe, qui transmet ces enseignements sur les sous-personnalités avec la même authenticité. Quant à son épouse, Johanne Razanamahay, son avenir d’enseignante reste à déterminer. Une chose est certaine : Christian Tal Schaller laisse derrière lui une œuvre qui a aidé de nombreuses personnes à se libérer de leurs carcans émotionnels et à accepter toutes les facettes de leur personnalité.

Source : Kurious Anima