Le COVID provoque-t-il un effondrement du système immunitaire ? Les fondements scientifiques de ces affirmations

Le COVID provoque-t-il un effondrement du système immunitaire ? Les fondements scientifiques de ces affirmations

Dans une interview approfondie, Philip McMillan échange avec Joachim Gerlach, coordinateur d’un vaste projet de recherche sur les maladies post-infectieuses. Ensemble, ils examinent une publication récente qui explore si l’exposition persistante à la protéine spike du SARS-CoV-2 pourrait entraîner un dysfonctionnement immunitaire généralisé, tant chez les personnes vaccinées que non vaccinées.

Ce débat scientifique porte sur des phénomènes concrets : régulation immunitaire altérée, épuisement des lymphocytes T, suppression de l’interféron, vulnérabilité des cellules souches et augmentation des infections opportunistes. La question centrale reste de savoir s’il s’agit d’une véritable immunodéficience ou plutôt d’une maladaptation immunitaire chronique.

Gerlach, souvent surnommé « le roi de la spike », dirige des recherches qui accumulent plus de 30 000 références scientifiques. Son équipe internationale, présente en Allemagne, aux États-Unis, en Italie et au Pakistan, travaille sans relâche depuis six ans pour cartographier les mécanismes en jeu.

Une persistance inattendue de la protéine spike

Les données collectées montrent que le virus et sa protéine spike restent très présents dans la population. Selon les statistiques de plusieurs pays, chaque individu aurait subi en moyenne 5,4 infections au cours des six dernières années. Loin d’avoir disparu, le SARS-CoV-2 continue de circuler, particulièrement sous forme Omicron.

Une enquête unique, menée avec un test sanguin rapide détectant la protéine spike circulante, révèle des taux de positivité élevés : 75 à 80 % chez les personnes asymptomatiques, 85 % chez celles présentant des symptômes légers et plus de 90 % chez les patients atteints de long COVID. Ces chiffres ont fortement augmenté entre 2024 et fin 2025, passant d’environ 40 % à plus de 90 % dans certains laboratoires spécialisés.

Surprenant : près de 90 % de cette protéine spike proviendrait du virus lui-même et non des vaccins. Les chercheurs ont observé que le virus peut créer des « bunkers membranaires » dans les cellules, permettant une production continue de spike sans présence virale active détectable.

Des mécanismes multiples d’atteinte du système immunitaire

La publication propose huit mécanismes principaux expliquant cette cascade de déficience immunitaire composée. Le premier et le plus préoccupant concerne l’invasion de la moelle osseuse et des cellules souches hématopoïétiques. Ces cellules, à l’origine de toutes les cellules immunitaires, expriment fortement le récepteur ACE2, les rendant particulièrement vulnérables.

La protéine spike peut utiliser plus de vingt récepteurs différents pour pénétrer les cellules immunitaires. Une cartographie détaillée inédite montre la distribution de ces récepteurs sur l’ensemble de la lignée immunitaire, depuis les cellules souches jusqu’aux macrophages, cellules dendritiques, lymphocytes T CD4, CD8 et cellules NK.

Parmi les autres mécanismes figurent la persistance de la spike dans les cellules mononucléées du sang périphérique (PBMC), les dommages mitochondriaux directs, l’épuisement des cellules T, la suppression des voies de l’interféron et une reprogrammation épigénétique qui se transmet aux cellules filles.

Ces altérations entraînent une perte progressive de compétence immunitaire. Les cellules peuvent être présentes en nombre normal tout en étant dysfonctionnelles, un peu comme une armée dont les véhicules seraient nombreux mais hors d’usage.

L’explosion des infections opportunistes

Les données épidémiologiques confirment ces observations. En Allemagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis, les métadonnées montrent une augmentation spectaculaire de certaines pathologies depuis 2020 :

  • augmentation de 500 % des hospitalisations pour infections à Mycoplasma en Grande-Bretagne en 2024-2025 ;
  • explosion des cas de candidose, zona, réactivation d’EBV et autres virus latents ;
  • hausse des infections bactériennes (staphylocoque, streptocoque) et fongiques.

Ces tendances ne peuvent s’expliquer uniquement par l’« immune debt » liée aux confinements, comme le démontre le cas de la Suède, pays peu confiné mais confronté aux mêmes hausses.

Les cliniciens spécialisés dans le long COVID rapportent que leurs patients présentent fréquemment ces infections opportunistes, signe d’une immunité affaiblie. La situation rappelle, par ses conséquences, certains aspects du sida, bien que les mécanismes diffèrent radicalement : le VIH s’intègre comme rétrovirus, tandis que la spike provoque une cascade de dysrégulations complexes.

Cancer, inflammation chronique et IGG4

L’altération immunitaire touche également la surveillance anticancéreuse. Les cliniciens observent des cancers diagnostiqués à des stades plus avancés et se comportant de manière plus agressive, évoquant parfois le mélanome par sa rapidité de dissémination.

Le passage vers des anticorps IGG4, particulièrement observé après les vaccins à ARN messager, semble contribuer à une tolérance immunitaire vis-à-vis de la protéine spike, réduisant la capacité d’élimination. Ce phénomène, combiné à l’exposition répétée au virus, pourrait expliquer l’augmentation continue des taux de spike circulante.

Les dommages mitochondriaux, avec une perte de fonction dépassant parfois 70 % dans les PBMC, complètent ce tableau. La spike peut même pénétrer à l’intérieur des mitochondries, perturbant la production d’énergie cellulaire.

Vers une meilleure compréhension et des outils diagnostiques

Gerlach insiste sur la nécessité d’une approche prudente sans créer de panique. Une réinfection sur un terrain déjà altéré peut aggraver considérablement l’état de santé. Il plaide pour une vie saine, une bonne alimentation, de l’exercice et des compléments adaptés afin de soutenir l’organisme.

Son équipe développe des outils diagnostiques accessibles, dont un test rapide de détection de la spike et une base de données qui, grâce à l’intelligence artificielle, permettra bientôt d’orienter les investigations cliniques selon les symptômes et biomarqueurs des patients.

La publication actuelle se veut une proposition de recherche ouverte, invitant la communauté scientifique à tester ou réfuter les hypothèses avancées. Elle relie les mécanismes moléculaires observés au niveau cellulaire jusqu’aux données de population, en passant par la cartographie détaillée des récepteurs.

Les deux chercheurs soulignent que nous sommes probablement encore « à la fin du commencement » de la compréhension de cette maladie. Six ans après le début de la pandémie, le virus continue d’influencer la santé publique de manière subtile mais mesurable.

Cette discussion met en lumière l’importance de mesurer concrètement l’exposition à la spike et d’adapter les approches thérapeutiques avec prudence, en tenant compte à la fois des composantes auto-immunes et de la perte de compétence immunitaire.

Source : Vejon Health