Le 4 décembre 2025, le groupement EPI-PHARE, associant l’ANSM et la CNAM, a publié une étude censée mettre un terme définitif aux interrogations sur les vaccins à ARNm contre le Covid-19. Selon ce travail, ces injections n’augmenteraient pas la mortalité toutes causes confondues à long terme. Pourtant, en examinant les résultats plus attentivement, on découvre des chiffres qui défient toute logique médicale.
L’étude met en évidence, après l’ajustement des caractéristiques entre les individus vaccinés et non vaccinés, une réduction de 25 % de la mortalité toutes causes confondues chez les personnes ayant reçu l’injection. Les auteurs rapportent également une baisse de 15 % des décès par cancer, de 10 % des suicides, de 45 % des décès liés aux maladies du sang ou aux affections congénitales et chromosomiques, de 22 % des accidents de la route, de 20 % des chutes et de 30 % des noyades.
Ces résultats ont de quoi surprendre. Ils suggèrent qu’une injection mise au point en quelques mois protégerait non seulement du Covid-19, mais agirait également comme un véritable élixir de jouvence, améliorant la santé globale de manière spectaculaire face à des causes de mortalité totalement indépendantes. Alain Fischer, souvent présenté comme une référence en matière de vaccination, s’est d’ailleurs enthousiasmé dans les colonnes de L’Express à propos de ces « bénéfices collatéraux ».
Des effets qui défient le bon sens
Une réduction de 30 % des noyades ou de 22 % des accidents mortels de la route grâce à un vaccin contre un virus respiratoire paraît, pour le moins, inattendue. Ces chiffres ont immédiatement interpellé les observateurs critiques, qui y voient non pas une avancée médicale révolutionnaire, mais la preuve évidente de biais méthodologiques majeurs.
L’étude ne porte pas sur l’ensemble de la population française. Elle se limite aux individus âgés de 18 à 59 ans ayant bénéficié d’au moins un remboursement de soins de santé en 2020. Autrement dit, seuls les « consommateurs » de soins médicaux de cette année-là ont été inclus. Cette sélection exclut de fait une partie importante de la population : les personnes qui, en bonne santé, n’ont consulté ni médecin, ni dentiste, ni laboratoire d’analyses en 2020.
Or, 2020 fut l’année des deux confinements, au cours de laquelle de nombreuses consultations ont été reportées ou annulées. Le critère choisi engendre donc un biais de sélection massif. Les personnes qui sollicitent régulièrement le système de santé ont également été plus fortement incitées à se faire vacciner, notamment pour continuer à accéder aux soins ou en raison de la pression médicale. À l’inverse, les individus ne recourant pas aux soins, souvent en meilleure santé, se retrouvent sous-représentés parmi les vaccinés de cette base de données.
Des décès qui manquent à l’appel
Les écarts chiffrés sont éloquents. Le groupement EPI-PHARE a suivi 28,6 millions de personnes sur une période médiane de 45 mois et n’a comptabilisé que 131 000 décès, soit un taux de mortalité annuel d’environ 0,12 %. Pourtant, sur la période 2020-2024, les données nationales font état de 278 000 décès dans la même tranche d’âge, ce qui correspond à un taux proche de 0,2 % par an.
Cette différence, qui réduit les chiffres de près de moitié, suggère que de nombreux décès n’ont pas été enregistrés dans la base de données utilisée. Des problèmes de doublons, de comptes fantômes ou de mauvaise jointure entre les fichiers pourraient expliquer ce décalage. L’étude ne semble pas avoir procédé à une analyse approfondie de la qualité de sa population source avant d’y appliquer des modèles statistiques complexes.
Il en résulte une population étudiée qui ne reflète pas la réalité démographique française, puisqu’elle est composée en grande partie de personnes adoptant un comportement médical particulier. Ce biais explique largement pourquoi l’étude attribue au vaccin une protection contre la quasi-totalité des causes de décès, y compris celles qui sont les plus éloignées du champ infectieux.
Le double biais lié au Covid
À cela s’ajoute un biais spécifique concernant la mortalité liée au Covid-19. Jusqu’en mars 2022, le passe sanitaire obligeait les personnes non vaccinées à se faire tester régulièrement, tandis que les individus vaccinés en étaient dispensés dans de nombreux contextes. Or, une augmentation du nombre de tests signifie mécaniquement une hausse des cas positifs déclarés, et donc, potentiellement, davantage de décès attribués au Covid-19.
Les données disponibles sur les taux de positivité selon le statut vaccinal montrent d’ailleurs que l’écart entre les vaccinés et les non-vaccinés disparaît précisément lors de la levée du passe sanitaire. Ce phénomène statistique, indépendant de toute réalité biologique, fausse lourdement les comparaisons de la mortalité spécifiquement liée au Covid-19.
Le groupement EPI-PHARE, dirigé conjointement par l’ANSM – une agence éclaboussée par le scandale du Mediator – et par la Caisse nationale de l’Assurance Maladie – qui a dépensé plus de 10 milliards d’euros pour l’achat de ces vaccins –, ne peut prétendre à une totale indépendance dans ce dossier.
Une opportunité pour exiger la transparence
Malgré ses limites évidentes, cette étude possède au moins un mérite : elle démontre que les données de mortalité selon le statut vaccinal existent bel et bien et qu’elles peuvent être exploitées. Pendant des années, les demandes d’accès à ces informations formulées par des chercheurs indépendants ont été refusées, souvent sous le prétexte d’une prétendue complexité technique.
Aujourd’hui, ces données sont manifestement disponibles. Il devient donc difficile de continuer à en refuser l’accès à des équipes indépendantes. Une analyse rigoureuse, réalisée sur une sous-population homogène en matière de comportement médical, exempte des biais de sélection et des artefacts liés aux politiques de dépistage, permettrait enfin d’y voir plus clair.
En attendant, les résultats publiés par EPI-PHARE, loin de clore le débat, ne font que l’alimenter. Ils illustrent surtout les limites des études observationnelles lorsqu’elles s’appuient sur des bases de données mal épurées et qu’elles omettent de prendre rigoureusement en compte les biais comportementaux.
La question reste donc posée : pourquoi communiquer si modestement sur une découverte qui, si elle s’avérait exacte, constituerait l’une des plus grandes avancées médicales de l’histoire ? La prudence des auteurs face à leurs propres chiffres constitue peut-être le signe le plus éloquent quant à la fiabilité de ces données.
