La sclérose en plaques (SEP) est une maladie du système nerveux central qui provoque des lésions au niveau du cerveau, de la moelle épinière et des nerfs optiques. Cette maladie se caractérise par des zones de tissus endommagés, appelées lésions, résultant d’une réaction anormale du système immunitaire qui attaque ces régions. Si les symptômes de la SEP peuvent se manifester dans tout le corps, notamment à cause de lésions dans le cerveau ou la moelle épinière, les troubles cognitifs (mémoire, langage, résolution de problèmes) sont surtout dus à des lésions cérébrales.
Les lésions cérébrales sont un signe distinctif de la SEP, mais ce n’est pas le seul mécanisme par lequel la maladie impacte le fonctionnement du cerveau. La SEP peut également entraîner une atrophie cérébrale, autrement dit une diminution du volume du cerveau, qui survient chez tout le monde avec l’âge, mais généralement à un rythme plus rapide chez les personnes atteintes de SEP1. Cette atrophie contribue elle aussi aux troubles cognitifs.
Les lésions cérébrales dans la SEP
Chez la majorité des personnes atteintes de SEP, les symptômes apparaissent ou s’aggravent lors de poussées inflammatoires. Lors de ces épisodes, une inflammation survient dans le cerveau, marquant le début d’une rechute ou l’apparition d’une nouvelle lésion. Selon le Dr Anne Cross, neurologue spécialisée dans la SEP, ce processus implique la pénétration de cellules et de substances immunitaires dans le cerveau, qui recrutent à leur tour des cellules locales libérant des substances pro-inflammatoires. Certaines de ces cellules s’attaquent à la myéline, une substance grasse blanche qui protège les fibres nerveuses.
Les fibres nerveuses, ou axones, sont des prolongements fins des neurones qui transmettent les signaux à d’autres cellules du corps. Elles sont impliquées dans de nombreuses fonctions, telles que la pensée, la parole ou la motricité. La myéline forme une gaine protectrice autour de ces fibres. Quand elle est endommagée, les fibres deviennent exposées, ce qui peut perturber ou ralentir la transmission des signaux nerveux.
« Si vous observez une lésion active de la SEP au microscope, vous verriez de nombreuses cellules inflammatoires, une myéline très réduite, mais la plupart des fibres nerveuses resteraient présentes. »
Formation des lésions cérébrales dans la SEP
La perte de myéline dans le cerveau n’entraîne pas toujours de perturbations des signaux nerveux. Selon le Dr Cross, tout dépend de la quantité de myéline perdue sur un faisceau de fibres nerveuses donné. Toutefois, lorsque suffisamment de myéline est détruite dans une région, la lésion devient visible à l’IRM cérébrale et des symptômes de la SEP peuvent apparaître.
Même sans traitement, les lésions ne continuent généralement pas à croître indéfiniment : « L’organisme parvient à calmer ces lésions, les entoure, et elles s’arrêtent », précise le Dr Cross.
Certaines lésions, si elles ne progressent pas outre mesure, peuvent passer inaperçues et ne provoquer aucun symptôme. En revanche, lorsque les fibres nerveuses sont gravement endommagées et meurent, la transmission des signaux s’interrompt, ce qui peut se traduire par une perte définitive de certaines fonctions cognitives ou physiques.

Atrophie cérébrale : l’inquiétude de la perte de volume
Le vieillissement s’accompagne naturellement d’une perte de volume cérébral, appelée atrophie. Chez les personnes atteintes de SEP, ce phénomène est généralement plus rapide. On estime que la perte annuelle normale de volume cérébral se situe entre 0,1 % et 0,5 %. Pour les personnes vivant avec la SEP, cette fourchette s’élève à 0,5 % – 1,35 % selon les études2. Cette atrophie peut débuter avant même le diagnostic formel.
Lorsqu’un grand nombre de fibres nerveuses meurent à cause d’une lésion, la myéline est également perdue dans des régions éloignées de la lésion, car les axones peuvent s’étendre sur de grandes distances dans le cerveau. Ainsi, une petite lésion peut engendrer une perte de myéline sur toute la longueur de la fibre concernée.
Les neurologues distinguent la substance grise (corps des neurones) et la substance blanche (fibres nerveuses entourées de myéline). Si la perte de myéline provoque une atrophie de la substance blanche, la SEP entraîne aussi une atrophie de la substance grise, du fait de la mort des corps cellulaires neuronaux. Selon le Dr Cross, cette atrophie de la substance grise a davantage de conséquences fonctionnelles que celle de la substance blanche.
Les scientifiques poursuivent leurs recherches pour déterminer quelles régions du cerveau sont responsables de tel ou tel symptôme, mais le cerveau humain est si interconnecté qu’il demeure difficile d’attribuer une fonction à une seule zone précise.

Symptômes cognitifs et effets des lésions cérébrales
Les lésions de la SEP, qu’elles soient situées dans le cerveau ou la moelle épinière, peuvent provoquer des troubles moteurs, des engourdissements, des picotements ou une perte de contrôle de la vessie. Mais les lésions cérébrales, et plus particulièrement l’atrophie de la substance grise, sont à l’origine des troubles cognitifs.
Les troubles cognitifs dans la SEP concernent surtout la mémoire, mais pas au sens d’oubli des savoir-faire comme dans la démence. Il s’agit plutôt de difficultés à effectuer plusieurs tâches simultanément ou à garder plusieurs informations à l’esprit, selon le Dr Cross.
La National MS Society recommande d’effectuer un bilan cognitif de référence dès que possible lorsque la SEP est stable, puis de renouveler le dépistage chaque année avec le même protocole3. Un suivi plus fréquent peut être envisagé en cas de changement de traitement, d’évolution des troubles cognitifs ou d’apparition de nouveaux symptômes.
D’autres troubles peuvent affecter la mémoire visuelle ou verbale. Par exemple, certaines évaluations consistent à demander au patient de réorganiser mentalement les lettres d’un mot en ordre alphabétique.
De nombreuses personnes vivant avec la SEP décrivent ainsi un « brouillard cognitif » qui rend difficile la formation des pensées ou l’accomplissement de tâches mentales.
« C’est une incapacité à accéder à l’information et aux mots pour exprimer ce que je pense ou ressens. Cela affecte ma capacité à comprendre — je me sens confuse. C’est frustrant et effrayant. »
« Je perds régulièrement le fil de mes pensées, je commence à raconter quelque chose et j’oublie pourquoi, je ne sais plus où je vais en voiture ou même où je suis assis au restaurant après être allé aux toilettes. »
« Je sais que les pensées sont là dans mon esprit. Les mots devraient se former, mais ce n’est pas le cas. Des images me traversent l’esprit, mais impossible d’y mettre de l’ordre. »
Diagnostic des lésions cérébrales de la SEP
De nombreuses maladies peuvent entraîner des lésions cérébrales, si bien que la présence de lésions à l’IRM n’indique pas nécessairement une SEP. Toutefois, les lésions typiques de la SEP présentent des caractéristiques particulières, notamment leur localisation.
- Le cortex (couche externe du cerveau)
- La région juxtacorticale (adjacente au cortex)
- La région périventriculaire (autour des ventricules, où les fibres nerveuses transmettent les messages du cerveau vers les muscles du corps)
- Le tronc cérébral (à la base du crâne, en bas du cerveau)
- Le cervelet (à l’arrière de la tête, au-dessus du tronc cérébral)
- La moelle épinière
- Le nerf optique (à l’arrière de chaque œil, connecté au cerveau)
Pour diagnostiquer une SEP, il faut retrouver des lésions dans au moins deux de ces localisations caractéristiques, prouver que les lésions sont apparues à des moments différents, et observer des symptômes de la maladie. Les critères les plus récents permettent de remplacer la preuve temporelle par la détection de bandes oligoclonales (protéines témoignant d’une inflammation du système nerveux central) dans le liquide céphalo-rachidien4.
Types de lésions dans la SEP
Les lésions de la SEP peuvent être actives ou inactives, et leur apparence varie à l’IRM. Voici les principaux termes utilisés par les médecins :
- Lésions T1 hypointenses (trous noirs) : lésions persistantes où le neurone sous-jacent est endommagé et ne peut être réparé5.
- Lésions T2 hyperintenses : zones de démyélinisation qui apparaissent blanches à l’IRM5.
- Trous noirs : autre appellation des lésions T1 hypointenses.
- Lésions Gd-rehaussées : lors de certaines IRM, une injection de gadolinium (substance de contraste) permet de visualiser les nouvelles lésions actives qui apparaissent blanches6.
- Lésions lentes (smoldering lesions) : aussi appelées lésions actives chroniques, elles ne guérissent pas et évoluent lentement, se caractérisant par un anneau sombre à l’IRM autour de la zone abîmée6.
Comment préserver la santé de votre cerveau avec la SEP
Protéger la santé cognitive est essentiel en cas de SEP, même si certaines actions n’agissent pas directement sur l’évolution de la maladie. Le Dr Cross recommande d’éviter tout ce qui pourrait engendrer des troubles cognitifs non liés à la SEP.
Il est notamment important de prévenir les maladies cardiovasculaires : une mauvaise circulation sanguine au niveau du cerveau peut impacter vos facultés mentales, de petits accidents vasculaires cérébraux pouvant aggraver la situation.
Maintenir un cerveau en bonne santé est également important car d’autres zones peuvent compenser les régions endommagées, un mécanisme appelé réserve cognitive ou neurologique. Cela explique pourquoi certaines personnes présentent des lésions sans symptômes apparents. Si tous les facteurs de cette réserve ne sont pas encore élucidés, la santé cérébrale globale joue probablement un rôle.
Enfin, de nombreuses actions peuvent contribuer à préserver vos capacités mentales au fil de la SEP.
Préserver sa santé cognitive avec la sclérose en plaques (SEP)
Plus de la moitié des personnes atteintes de SEP développent des troubles cognitifs (mémoire, concentration, prise de décision). Bien qu’ils ne soient pas directement réversibles, plusieurs habitudes peuvent préserver ou améliorer la santé cérébrale :
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Dormir suffisamment – Moins de 7h de sommeil aggrave la cognition ; troubles du sommeil (apnée, insomnie) sont associés à une baisse des performances cognitives.
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Gérer la fatigue – Planifier ses activités, éviter la chaleur, privilégier des moments où l’énergie est meilleure.
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Faire de l’exercice physique – L’activité régulière (surtout l’entraînement fractionné) améliore les fonctions exécutives et la mémoire.
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Prendre ses traitements – Les médicaments modificateurs de la maladie et certains traitements symptomatiques (ex. donépézil) favorisent de meilleurs résultats cognitifs.
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Adopter une alimentation saine – Régime proche du méditerranéen (MIND diet) : légumes, fruits, poisson, huile d’olive, moins de sucres et produits transformés.
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Faire des exercices cognitifs – Programmes d’entraînement cérébral ciblés ou informatisés améliorent l’attention, la mémoire et les fonctions exécutives.
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Maintenir une vie sociale active – Éviter l’isolement réduit l’anxiété et soutient la santé mentale et cognitive.
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Pratiquer des activités corps-esprit – Yoga, méditation, relaxation ou tai chi réduisent fatigue et stress, ce qui peut indirectement aider la cognition.
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S’investir dans un projet créatif ou intellectuel – Activités stimulantes (musique, peinture, écriture, apprentissage d’une langue) renforcent la « réserve cognitive ».
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Se faire évaluer – Un bilan neuropsychologique ou médical permet d’identifier les faiblesses et de mettre en place des stratégies adaptées.
Ressources et études complémentaires
- Andravizou A et al. Brain atrophy in multiple sclerosis: mechanisms, clinical relevance and treatment options. Autoimmunity Highlights. Décembre 2019.
- Giovannoni G et al. Brain health: time matters in multiple sclerosis. Multiple Sclerosis and Related Disorders. Septembre 2016.
- Kalb R et al. Recommendations for cognitive screening and management in multiple sclerosis care. Multiple Sclerosis Journal. Novembre 2018.
- Hersh CM et al. Multiple Sclerosis. Cleveland Clinic Center for Continuing Education. Avril 2018.
- Understanding Your MRI Report. U.S. Department of Veterans Affairs. 8 février 2023.
- Lesion (MS lesion). Multiple Sclerosis Trust. 5 janvier 2024.
Source : everydayhealth.com

