
Dans le paysage de la santé naturelle et holistique, il est peu de figures aussi emblématiques et colorées que le Dr Tal Schaller. Médecin généraliste de formation, auteur prolifique et conférencier infatigable, il a une vision de la santé qui dépasse largement le cadre de la médecine conventionnelle. Lors d’un entretien captivant avec Thierry Casasnovas, il revient sur son parcours atypique et expose sa philosophie fondamentale : pour être en bonne santé, l’être humain doit, à l’image d’un cheval au galop, s’appuyer sur ses quatre pieds.
Du médecin prescripteur à l’éducateur de santé
Le parcours de Tal Schaller commence de manière tout à fait classique. Il y a une cinquantaine d’années, jeune médecin généraliste, il appliquait scrupuleusement ce qu’il avait appris sur les bancs de la faculté. À cette époque, le Valium était considéré comme la « pilule du bonheur » et prescrit massivement. Intrigué par les méthodes des anciens homéopathes qui testaient les substances sur eux-mêmes, le Dr Schaller décide un jour d’expérimenter ce médicament qu’il distribuait quotidiennement.
Le résultat fut un véritable électrochoc : en trois jours, il se retrouve malade, incapable de fonctionner normalement. Cette expérience personnelle marque le début de sa remise en question. Il réalise que la médecine qu’il pratique consiste essentiellement à étiqueter des maladies et à administrer des traitements à vie, sans jamais véritablement guérir le patient ni s’attaquer aux causes profondes. Il se tourne alors vers les médecines douces, l’homéopathie et l’acupuncture.
Cependant, même dans ces approches alternatives, il constate que le rapport d’autorité persiste : le médecin détient le savoir et le patient reste passif. C’est là que naît sa véritable vocation, résumée par son slogan phare :
« La santé, ça s’apprend. »
Son objectif change radicalement : il ne s’agit plus de soigner des malades qui restent dépendants, mais de donner aux gens les outils pour devenir leur propre médecin.
La métaphore du cheval : les quatre corps
Pour illustrer sa vision de la santé holistique, Tal Schaller utilise une image simple mais percutante : celle d’un cheval de course. Pour gagner le Grand Prix de Longchamp, un cheval a besoin de ses quatre pattes. S’il tente de courir sur une seule patte, l’image devient ridicule et l’échec est assuré. Il en va de même pour l’être humain, constitué de quatre « corps » indissociables :
- Le corps physique : c’est la base matérielle (alimentation, exercice, repos).
- le corps émotionnel, siège de nos sentiments et réactions ;
- le corps mental : nos pensées, croyances et raisonnements ;
- Le corps spirituel : notre connexion au sens, à l’univers et à l’amour.
Le constat du Dr Schaller est sans appel : de nombreuses personnes s’occupent admirablement de leur corps physique. Elles mangent bio, font du sport, surveillent leur sommeil. Pourtant, ces corps tombent malades, développent des cancers ou des pathologies chroniques. Pourquoi ? Parce qu’ils négligent souvent les trois autres piliers, et en particulier le corps émotionnel.
L’écologie émotionnelle : sortir du dilemme prison ou hôpital
La gestion des émotions est sans doute la « marque de fabrique » de l’enseignement de Tal Schaller. Selon lui, la société nous a conditionnés à mal gérer nos émotions naturelles (peur, colère, tristesse et joie). Nous oscillons généralement entre deux comportements pathologiques :
- le refoulement (l’hôpital) : on garde tout à l’intérieur pour paraître « bien élevé » ou « spirituel » ; Ces émotions bloquées s’accumulent, entravent le système immunitaire et finissent par provoquer la maladie.
- La projection (la prison) : on déverse ses émotions violemment sur les autres. Si cela soulage l’individu sur le moment (les fous furieux ont rarement des cancers, note ironiquement Schaller), cela détruit le lien social.
La solution proposée est une troisième voie : vivre ses émotions intensément, mais en privé, sans les projeter sur autrui. Il faut retrouver la fluidité de l’enfant de trois ans qui passe du rire aux larmes sans jamais accumuler de rancœur.
La technique du Tigre
Pour évacuer ces tensions, Tal Schaller enseigne depuis des décennies l’exercice du « Tigre ». Le principe est simple : au lieu d’avaler sa colère ou d’agresser son entourage, on s’isole. On imagine alors être un tigre et on exprime physiquement la fureur en griffant un arbre imaginaire, en émettant des sons et en engageant tout son corps. Ce rituel permet de libérer la charge émotionnelle en quelques minutes, laissant la personne détendue et prête à communiquer de manière apaisée.
Il cite également l’exemple du haka des joueurs de rugby néo-zélandais. Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas seulement une danse guerrière destinée à effrayer l’adversaire, mais un moyen collectif d’évacuer la peur et le stress avant l’action, ce qui garantit souplesse et efficacité sur le terrain.
Déconstruire le corps mental et les croyances
Le troisième pilier, le corps mental, est souvent encombré de croyances limitantes et de dogmes que Schaller qualifie d’« hypnose collective ». Qu’il s’agisse de nutrition (la nécessité absolue de consommer de la viande) ou de médecine (les vaccins sont devenus une religion indiscutable), il invite chacun à sortir de la pensée pure pour revenir à l’expérience.
Il ne s’agit pas d’imposer une nouvelle vérité, mais d’encourager l’expérimentation personnelle. Les croyances génèrent des conflits, alors que l’expérience vécue amène à la connaissance. Selon lui, le véritable scientifique est celui qui ose remettre en cause les acquis et tester par lui-même plutôt que de répéter ce qu’il a lu ou entendu.
L’auto-guérison et la puissance de la joie
Au cœur de cette approche se trouve une conviction profonde : c’est le corps qui se guérit lui-même. Les traitements extérieurs, qu’ils soient allopathiques ou naturels, ne sont que des aides ponctuelles. Lors d’une discussion avec le professeur Beljanski, célèbre biologiste, Schaller a soutenu que le traitement ne représentait que 10 à 20 % de la guérison, les 80 % restants dépendant du mode de vie global du patient (physique, émotionnel et mental). Le professeur a fini par admettre cette vision, reconnaissant qu’il est impossible d’obtenir des résultats sans une réforme du terrain et du mode de vie, même avec les meilleures plantes.
Enfin, la santé ne peut se concevoir sans joie. Tal Schaller, qui a été clown thérapeutique pendant quinze ans, rappelle que le rire est un puissant stimulant biologique. Rire, même artificiellement au début, déclenche la production d’endorphines et de cannabinoïdes endogènes, ce qui favorise la détente et la régénération.
Cette approche ludique permet également de réconcilier nos différentes « sous-personnalités ». Nous ne sommes pas un bloc monolithique ; nous abritons un enfant joueur, un sage, un guerrier et un artiste. La santé mentale et spirituelle implique d’exprimer librement toutes ces facettes, sans en censurer aucune.
En somme, Tal Schaller nous invite à reprendre le pouvoir sur notre santé en prenant en compte tous les aspects de notre être. Son message est un appel à la responsabilité joyeuse : il faut cesser d’attendre le remède miracle venu de l’extérieur pour réveiller le « médecin intérieur » qui sommeille en chacun de nous.
Source : Regenere / Thierry Casasnovas
