
Ils jouissent d’une image de boissons naturelles et bienfaisantes, pourtant les thés et infusions que nous consommons quotidiennement sont loin d’être irréprochables. Une vaste enquête menée par 60 Millions de Consommateurs en mars 2022 a passé au crible 48 références de thés noirs, thés verts, infusions à la verveine et infusions détox. Les résultats révèlent la présence persistante de résidus de pesticides, de corps étrangers peu appétissants et de contaminants divers. Tour d’horizon d’un constat préoccupant.
Un marché en plein essor
La consommation de thé en France a triplé en vingt-cinq ans. Désormais, deux Français sur trois boivent du thé, avec une légère préférence pour le thé vert, tandis qu’un Français sur deux se déclare amateur d’infusions bien-être, fruitées ou détox. Les confinements et le télétravail ont encore accentué cet engouement, notamment chez les jeunes générations, séduites par l’image saine et naturelle de ces boissons chaudes. Le bio occupe d’ailleurs une place de choix dans les rayons : 22 % du thé et 43 % des infusions vendus en grandes surfaces portent un label biologique.
Côté emballage, une bonne nouvelle : la majorité des fabricants ont abandonné les sachets en plastique au profit de sachets en papier recyclé, biodégradable et compostable, conformément à la loi antigaspillage pour une économie circulaire entrée en vigueur en 2022.
Une enquête portant sur 48 références
Pour cette étude, le centre d’essais comparatifs de 60 Millions de Consommateurs a évalué quatre familles de produits : 15 thés noirs, 12 thés verts, 8 infusions à la verveine et 12 infusions détox, issus aussi bien de marques de grandes surfaces que de marques spécialisées. Les analyses ont porté sur la recherche de résidus de pesticides (770 molécules criblées), de métaux lourds, d’alcaloïdes et de corps étrangers par microscopie optique.
Jusqu’à seize pesticides détectés
Le constat le plus alarmant concerne les pesticides. Pas moins de seize substances ont été détectées au total, affectant tous les thés conventionnels testés ainsi qu’une majorité des infusions à la verveine. Parmi ces molécules, trois néonicotinoïdes et plusieurs insecticides et fongicides ont été identifiés, dont certains sont interdits en France ou en Europe. C’est notamment le cas de l’imidaclopride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes reconnu toxique pour les abeilles et interdit en France depuis 2018.
Certes, aucune de ces substances ne dépasse individuellement les limites maximales de résidus (LMR) fixées par la réglementation européenne. Mais l’accumulation de multiples résidus dans un même produit pose question, d’autant que l’effet cocktail de ces molécules reste très mal connu.
Du glyphosate dans 30 % des produits
Le glyphosate, l’herbicide le plus utilisé au monde et principal composant du Roundup, a été retrouvé dans un tiers des 48 échantillons analysés, sous forme de résidus de glyphosate ou de son métabolite, l’AMPA. Ce résultat confirme la présence encore massive et diffuse de cette substance dans les produits alimentaires, y compris dans des boissons perçues comme naturelles.
D’autres molécules indésirables ont été quantifiées, comme l’acétamipride (substance irritante) et le chlorpyrifos. Plusieurs fabricants ont d’ailleurs reconnu que l’approvisionnement en matières premières exemptes de pesticides constitue une véritable problématique, en particulier pour les thés provenant d’Inde et d’Asie du Sud-Est, où les réglementations phytosanitaires sont moins strictes qu’en Europe.
Des origines géographiques peu rassurantes
La majorité des thés testés proviennent d’Inde, de Chine, du Kenya ou du Sri Lanka, des régions où l’utilisation de produits phytosanitaires est nettement plus intensive qu’en Europe. Le climat chaud et humide, propice à la croissance des théiers, favorise également le développement de ravageurs, ce qui pousse les producteurs à recourir massivement aux traitements chimiques. Les marques leaders du marché, Lipton et Twinings, figurent parmi les plus mauvais élèves de cette enquête et n’offrent guère de garanties au consommateur sur ce critère.
Des corps étrangers dans les sachets
Au-delà des pesticides, l’examen microscopique des sachets a révélé la présence de corps étrangers peu ragoûtants : fragments de plastique, poils de rongeurs, insectes et fragments divers. Ces impuretés biologiques sont particulièrement fréquentes dans les infusions à la verveine, probablement parce que nombre de ces plantes sont ramassées à l’état sauvage, dans des environnements plus proches de la faune.
Métaux lourds et alcaloïdes : un bilan plus nuancé
Sur le front des métaux lourds, les résultats sont plutôt rassurants. L’arsenic, le cadmium, le plomb et le nickel n’ont été détectés qu’en quantités très faibles, bien en dessous des limites de quantification.
Les alcaloïdes, en revanche, méritent davantage d’attention. Produites naturellement par les plantes pour se défendre des herbivores, certaines de ces molécules sont reconnues cancérogènes à long terme. Une réglementation européenne fixant une limite maximale de résidus à 100 microgrammes par kilogramme de produit est entrée en vigueur courant 2022. Près de la moitié des thés verts testés présentaient des quantités mesurables d’alcaloïdes.
Les polyphénols : un critère de qualité variable
Les polyphénols, prisés pour leurs propriétés antioxydantes et leur rôle potentiel dans la prévention du cancer et des maladies cardiovasculaires, varient considérablement d’une marque à l’autre. Les thés Clipper et Terra Etica affichent les teneurs les plus élevées, avoisinant 605 milligrammes par tasse, tandis que d’autres références descendent sous les 300 mg. L’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) recommande toutefois de ne pas dépasser 800 mg de polyphénols par jour.
Les résultats par catégorie
Thés noirs : le bio en tête
Quatre thés noirs décrochent la meilleure note de 18/20 : Terra Etica Breakfast, Clipper English Breakfast bio, Kusmi Tea Earl Grey et Bio Village (E.Leclerc) Earl Grey. Ces quatre références, toutes labellisées bio, n’ont révélé aucun résidu de pesticide préoccupant. À l’inverse, les thés conventionnels comme Twinings Original English Breakfast (9,5/20), Tetley Earl Grey (9,5/20) et Casino Earl Grey (9,5/20) ferment la marche, pénalisés par des notes insuffisantes sur le critère des pesticides.
Thés verts : près de la moitié contaminés
Cinq références de thé vert sur douze se sont révélées contaminées par des résidus de pesticides. Les thés verts bio tirent leur épingle du jeu, avec Jardin Bio et La Vie Claire en tête à 17/20. En revanche, les thés verts conventionnels à la menthe, notamment Cotterley (Intermarché), Twinings et Lipton, affichent des résultats insuffisants sur le critère des pesticides.
Infusions à la verveine : des résultats inégaux
Les infusions Paysans d’ici et Romon Nature, toutes deux bio et d’origine française, obtiennent les meilleures notes (17/20). L’infusion Pagès Verveine Détente, malgré son label bio, est pénalisée par un résultat insuffisant sur les pesticides et les impuretés biologiques (10,5/20).
Infusions détox : les plus propres du lot
Bonne surprise : les infusions détox s’en sortent globalement mieux que les autres catégories. Les 2 Marmottes Détox et vous, Carrefour Infusion Détox et Pagès Infusion Bio Détox partagent la meilleure note de 17,5/20, avec des résultats très satisfaisants sur les pesticides. Seules quelques références comme Éléphant Minceur ou Lord Nelson sont pénalisées par la présence de corps étrangers.
Le thé français : une alternative émergente
Si la culture du thé en France reste confidentielle, elle se développe dans quelques régions au terroir favorable : le Pays basque, la Bretagne et l’Île de la Réunion. Comme l’Europe n’autorise pas les intrants chimiques spécifiquement réservés au traitement du thé, la production française est de facto biologique. Ces thés d’exception, vendus en circuit court sur internet et dans quelques maisons de thé spécialisées, sont certes plus chers, mais offrent une garantie de propreté que les grands producteurs asiatiques peinent à égaler.
Les recommandations pour bien choisir
- Privilégier le bio : les thés et infusions biologiques offrent systématiquement de meilleures garanties en matière de résidus de pesticides.
- Favoriser les origines françaises ou européennes lorsque c’est possible, en particulier pour les infusions.
- Se méfier des marques leaders conventionnelles : Lipton, Twinings et Tetley figurent parmi les plus mal notés de cette enquête.
- Les meilleurs choix identifiés par l’enquête : Clipper thé vert menthe bio, Bio Village (E.Leclerc) thé noir Earl Grey, Les 2 Marmottes Détox et vous, et Paysans d’ici Infusion verveine mélisse — quatre références qui n’ont révélé ni résidus de pesticides ni métaux lourds préoccupants.
Source : 60millions-mag.com
