
L’autisme était si rare lorsque le Dr Andrew Wakefield a fait ses études de médecine qu’on ne lui en a même pas parlé durant sa formation. Pourtant, des décennies plus tard, un enfant sur 31 est aujourd’hui diagnostiqué autiste aux États-Unis. En 1998, ce chirurgien britannique spécialiste des maladies inflammatoires de l’intestin a co-signé un article publié dans The Lancet documentant le cas de 12 enfants en bonne santé qui, après l’apparition de problèmes gastro-intestinaux survenant peu après la vaccination ROR (rougeole-oreillons-rubéole), avaient régressé vers l’autisme. Pendant 25 ans, cet homme a été vilipendé, radié de l’ordre des médecins et qualifié de fraudeur. Aujourd’hui, un rapport majeur de la Fondation McCullough vient bouleverser ce récit.
L’origine de la controverse
Tout a commencé par l’écoute des parents. Le Dr Wakefield, alors chercheur principal à l’hôpital Royal Free de Londres, avait une spécialité en gastro-entérologie et menait des recherches sur la maladie de Crohn. Ses travaux l’avaient amené à étudier le rôle potentiel du virus de la rougeole dans les maladies inflammatoires intestinales. En 1995, une première mère l’a contacté pour lui raconter l’histoire dévastatrice de son enfant : développement parfaitement normal, vaccination ROR, fièvre, puis régression progressive vers ce qui serait diagnostiqué comme autisme, accompagné de terribles problèmes gastro-intestinaux que les médecins attribuaient simplement à son autisme.
Comme Wakefield l’a expliqué lui-même : « Les parents venaient et disaient : mon enfant a régressé alors qu’il était parfaitement normal, après un vaccin ROR, dans de nombreux cas. » L’enchaînement observé était récurrent : vaccination, fièvre, parfois convulsion ou absence de réponse, puis déclin graduel avec perte de compétences les unes après les autres.
Wakefield a alors contacté le professeur John Walker-Smith, l’un des meilleurs gastro-entérologues pédiatriques au monde, qui a jugé que ces enfants méritaient une investigation clinique approfondie. L’équipe a impliqué des psychiatres, des neurologues, des histopathologistes et des radiologues. Au total, 13 auteurs ont signé l’article final du Lancet, qui constituait une série de cas — une description clinique d’un groupe de patients partageant des signes et symptômes uniques — et non une étude testant une hypothèse causale.
Ce que disait réellement l’étude du Lancet
Contrairement à ce qui a été répété pendant des décennies dans les médias, l’article n’affirmait pas que le vaccin ROR causait l’autisme. Il documentait la découverte d’une nouvelle forme de maladie inflammatoire intestinale chez des enfants autistes et notait que, selon le témoignage des parents, la régression développementale avait suivi la vaccination ROR dans la majorité des cas. Le papier concluait explicitement : « Nous n’avons pas prouvé d’association entre le vaccin rougeole-oreillons-rubéole et le syndrome décrit. » Les auteurs appelaient simplement à des recherches complémentaires.
Wakefield, après avoir examiné en détail toutes les études de sécurité existantes sur le vaccin ROR, avait produit un rapport de 250 pages dont les conclusions le préoccupaient profondément. Lors d’une conférence de presse en février 1998, il a recommandé l’utilisation des vaccins monovalents séparés (rougeole, oreillons, rubéole administrés individuellement) comme mesure de précaution, une option alors disponible au Royaume-Uni. Mais en septembre de la même année, le gouvernement britannique a discrètement retiré la licence d’importation du vaccin monovalent contre la rougeole, ne laissant aux familles que le choix entre le ROR combiné ou aucune vaccination.
La campagne de Brian Deer
Les taux de vaccination ont baissé et les cas de rougeole ont augmenté. Plutôt que de reconnaître les conséquences du retrait du choix vaccinal, l’establishment médico-pharmaceutique a désigné Wakefield comme bouc émissaire. Le tournant est survenu en 2004, lorsque le journaliste Brian Deer, travaillant pour le Sunday Times de Rupert Murdoch, a déposé une plainte auprès du General Medical Council (GMC) britannique, alléguant une « faute professionnelle grave ».
Un détail crucial éclaire le contexte : James Murdoch, fils de Rupert, siégeait alors au conseil d’administration de GlaxoSmithKline — l’un des principaux fabricants du vaccin ROR — en tant que directeur non-exécutif chargé de protéger la réputation de l’entreprise dans les médias de News International.
Les accusations de Deer reposaient sur plusieurs piliers, tous contestés par des preuves documentaires :
- L’absence d’approbation éthique : Le juge qui a examiné l’appel du professeur Walker-Smith a établi, dans un jugement de 85 pages, que l’approbation éthique avait bel et bien été obtenue. Les formulaires de consentement signés par les parents figuraient dans les dossiers médicaux de chaque enfant. Brian Deer avait ce document en sa possession et ne l’avait pas communiqué au GMC.
- Le financement par des avocats : Richard Barr, l’avocat impliqué dans le litige contre les fabricants du ROR, a confirmé par écrit que Wakefield travaillait sur le lien rougeole-maladie intestinale bien avant d’avoir connaissance d’un quelconque contentieux juridique. L’étude du Lancet n’a jamais été financée par des fonds provenant du litige, et n’a d’ailleurs jamais été utilisée dans le cadre de poursuites judiciaires.
- Un vaccin concurrent : Un brevet avait été déposé par l’hôpital Royal Free (et non par Wakefield personnellement) pour un « facteur de transfert » — un extrait de colostrum destiné à renforcer le système immunitaire des enfants immunodéficients. Ce produit ne produisait pas d’anticorps et ne pouvait en aucun cas constituer un rival du ROR. Il n’a d’ailleurs jamais été développé ni testé sur des enfants.
- La falsification des données de l’enfant n°11 : Deer affirmait que Wakefield avait manipulé les données pour prétendre que les symptômes autistiques étaient apparus une semaine après le vaccin. Or, l’article du Lancet ne parlait pas du « premier symptôme d’autisme » mais du « premier symptôme comportemental » — en l’occurrence, une pneumonie virale survenue dans la semaine suivant la vaccination. Le père de l’enfant, contacté par le journaliste Dan Olmsted, a confirmé que Deer avait déformé ses propos.
Deux destins pour une même étude
En 2010, le GMC a radié Wakefield et Walker-Smith. Mais Walker-Smith, qui avait les moyens financiers de faire appel devant un vrai tribunal, a obtenu une victoire retentissante : le juge a annulé toutes les sanctions, qualifiant les conclusions du GMC d’insoutenables. Wakefield, informé par ses avocats qu’il ne serait pas financé pour un appel, a dû retirer le sien. Et il n’existe aucun mécanisme en droit anglais pour réintroduire un appel une fois retiré.
L’ironie est frappante : le médecin qui effectuait les procédures invasives sur les enfants (colonoscopies, ponctions lombaires) a été blanchi, tandis que celui qui compilait les données avec un stylo et un bloc-notes reste radié.
Quant à la rétraction du Lancet, elle est largement mal comprise. Dix des treize co-auteurs ont signé un texte dans lequel ils réaffirmaient la validité des découvertes gastro-intestinales, soutenaient que d’autres études confirmaient leurs observations, et estimaient que le traitement des problèmes intestinaux pouvait aider les enfants autistes. Leur seule « rétraction » consistait à répéter mot pour mot ce que l’étude disait déjà : qu’aucun lien causal n’avait été établi entre le vaccin ROR et l’autisme.
Le rapport de la Fondation McCullough
En octobre 2025, la Fondation McCullough a publié un rapport majeur intitulé « Determinants of Autism Spectrum Disorder », co-signé notamment par le Dr Peter McCullough et le Dr Andrew Wakefield lui-même. Ce document de synthèse a examiné l’ensemble des preuves épidémiologiques, cliniques et mécanistiques disponibles sur les facteurs de risque de l’autisme.
Les conclusions sont sans ambiguïté. Sur 136 études examinant les vaccins infantiles ou leurs excipients, 107 ont trouvé un lien possible entre la vaccination (ou ses composants) et les troubles du spectre autistique ou d’autres troubles neurodéveloppementaux. Seulement 29 n’ont trouvé aucune association. De plus, 12 études comparant des enfants vaccinés selon le calendrier standard à des enfants totalement non vaccinés ont systématiquement démontré de meilleurs résultats de santé globale chez les non-vaccinés, incluant des risques significativement plus faibles de problèmes médicaux chroniques et de troubles neuropsychiatriques.
Le rapport identifie la vaccination infantile combinée et précoce comme le facteur de risque modifiable le plus significatif pour l’autisme, soutenu par des preuves mécanistiques, cliniques et épidémiologiques convergentes. Il souligne que le regroupement de multiples doses pendant des fenêtres critiques du développement neurologique et l’absence totale de recherche sur la sécurité cumulative du calendrier vaccinal pédiatrique complet constituent un problème de santé publique urgent.
Les études ayant conclu à l’absence de lien étaient, selon le rapport, compromises par l’absence de véritable groupe témoin non vacciné, des erreurs de classification dans les registres, des facteurs de confusion écologiques et des estimations moyennées masquant les effets sur les sous-groupes vulnérables.
Une réhabilitation attendue
Pour Del Bigtree, journaliste et producteur du documentaire Vaxxed réalisé avec Wakefield, cette histoire se résume à un choix que le monde a fait en 2004 entre deux hommes : le Dr Wakefield et le journaliste Brian Deer. Comme il le rappelle : « Le British Medical Journal a admis recevoir des fonds de Merck et GlaxoSmithKline, les deux fabricants du vaccin ROR, au moment même où il publiait les accusations de fraude de Deer. » Le BMJ a d’ailleurs reconnu dans une réponse publiée qu’il aurait dû déclarer ces revenus comme conflit d’intérêts.
Wakefield, de son côté, n’a jamais cessé de travailler pour les enfants touchés. Comme il l’a déclaré : « Si ces enfants avaient régressé après une varicelle naturelle, vous et moi ne serions pas assis ici. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Ils ont régressé après un vaccin. »
Alors que l’autisme touche désormais un enfant sur 31 — contre un sur 10 000 il y a quelques décennies — et que des voix s’élèvent pour réclamer des études indépendantes sur le calendrier vaccinal, le rapport de la Fondation McCullough représente, pour ses partisans, la réhabilitation tant attendue d’un médecin qui a tout sacrifié pour écouter les parents et défendre ses patients.
Source : thehighwire.com
