
Au printemps 2018, un vent d’inquiétude s’est propagé dans le monde de la santé naturelle. L’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (ANSES) venait d’émettre de nouvelles recommandations d’usage au sujet de la mélatonine. À l’origine de cette mise en garde, 90 signalements d’effets indésirables enregistrés par le système de nutrivigilance entre 2009 et mai 2017. Sur l’ensemble de ces déclarations, seuls 19 cas se sont révélés suffisamment documentés pour faire l’objet d’une analyse d’imputabilité et soulever la question d’un lien possible avec la prise de ce complément alimentaire (maux de tête, vertiges, irritabilité, nausées ou douleurs abdominales).
Pour mesurer la portée réelle de ce chiffre, il convient de rappeler qu’il se vend environ 1,4 million de boîtes de mélatonine chaque année en France. Le rapport entre ces 19 cas suspects et le nombre total de boîtes écoulées sur cette période de huit ans s’élève à 0,00000169 %. Un pourcentage virtuellement négligeable. Pourtant, la plupart des médias se sont empressés de relayer l’information sous des titres alarmistes évoquant des « alertes sanitaires » et de « dangereux effets secondaires ». Il aura suffi de 19 cas isolés et non confirmés pour orchestrer de toutes pièces un mouvement de panique injustifié.
Bien utiliser la mélatonine pour le sommeil
La mélatonine est une hormone produite naturellement par l’organisme pour orchestrer le cycle veille-sommeil. Sa sécrétion augmente au cours de la soirée et durant la nuit afin de faciliter l’endormissement. Pendant la journée, la lumière captée par la rétine informe le cerveau qu’il doit stopper cette production.
Avec l’âge, la production naturelle de mélatonine diminue progressivement. C’est pourquoi de nombreuses personnes de plus de 60 ans constatent une amélioration notable de la rapidité d’endormissement et de la qualité de leurs nuits lorsqu’elles se supplémentent au coucher. Une étude menée par le Massachusetts Institute of Technology (MIT) a évalué l’efficacité d’un placebo face à trois dosages différents (0,1 mg, 0,3 mg et 3 mg) auprès de trente individus âgés de plus de 50 ans, présentant ou non des insomnies.
Ces travaux montrent qu’une micro-dose de 0,3 mg de mélatonine suffit amplement chez les adultes de plus de 50 ans pour restaurer des taux hormonaux équivalents à ceux d’un jeune adulte. Or, les compléments alimentaires vendus dans le commerce proposent fréquemment des doses jusqu’à dix fois supérieures. Selon le professeur Wurtman, qui a dirigé l’étude du MIT, une surdose constante finit par rendre les récepteurs cérébraux insensibles, ce qui annule l’efficacité du produit après quelques jours seulement. Si vous avez plus de 50 ans et subissez des troubles du sommeil récents, une faible dose de 0,3 mg prise peu après le repas du soir s’avère particulièrement adaptée, tout comme en cas de syndrome de retard de phase de sommeil.
Un analgésique puissant aux applications multiples
Au-delà de son rôle sur le sommeil, la mélatonine possède d’étonnantes propriétés antidouleur. Dès la fin des années 1980, des recherches sur l’animal avaient révélé que la sensibilité à la douleur variait au fil de la journée : plus basse la nuit (lorsque le taux de mélatonine est au plus haut) et plus élevée le jour. En 2005, une étude menée à Singapour auprès de patients atteints du syndrome du côlon irritable a démontré qu’une prise quotidienne de 3 mg de mélatonine au coucher réduisait significativement les douleurs abdominales en l’espace de deux semaines.
Plusieurs autres études cliniques ont confirmé les capacités analgésiques remarquables de la mélatonine :
- Ablation de l’utérus (hystérectomie) : l’administration de 5 mg de mélatonine avant l’intervention s’avère aussi efficace que la clonidine (un antalgique utilisé en anesthésie) et réduit de plus de 30 % la consommation de morphine après la chirurgie.
- Fibromyalgie : une dose de 10 mg offre une baisse de la douleur comparable à celle obtenue avec l’amitriptyline (Laroxyl).
- Endométriose : pris à la dose de 10 mg, ce complément diminue nettement les douleurs pelviennes tout en améliorant le sommeil des patientes.
- Opération de la cataracte : la prise de 10 mg de mélatonine 1h30 avant l’intervention diminue de façon marquée l’anxiété et la douleur ressenties.
Les chercheurs expliquent cet effet par la capacité de la mélatonine à stimuler les récepteurs aux opiacés et à agir comme neuromodulateur au niveau de la moelle épinière. En d’autres termes, elle adopte un mode d’action proche de la morphine. Administrée conjointement avec cette dernière, elle en renforce l’efficacité antalgique tout en réduisant ses effets secondaires et sa toxicité.
En France, la vente libre de mélatonine est strictement limitée aux produits dosés à moins de 2 mg par unité prise. Au-delà de ce seuil, elle est considérée comme un médicament et nécessite une prescription médicale, alors que des pays comme les États-Unis ou le Canada en autorisent la vente libre à des dosages plus élevés.
Source : Les 100 remèdes naturels qui font trembler Big Pharma







