Des scientifiques découvrent que les hommes des cavernes avaient un régime alimentaire principalement végétalien dans une nouvelle étude révolutionnaire

L’image populaire de l’homme préhistorique, armé d’une lance pour chasser de grands animaux, a longtemps façonné notre conception du régime paléolithique. Ce modèle, centré sur la consommation massive de viande, est profondément ancré dans l’imaginaire collectif et largement repris par les adeptes modernes du régime « paléo ». Cependant, une étude récente publiée dans la revue Nature Ecology & Evolution bouleverse cette vision. Les chercheurs y présentent des preuves solides selon lesquelles les populations paléolithiques, notamment les Ibéromaurusiens d’Afrique du Nord, avaient un régime essentiellement composé de plantes. Ces résultats remettent en cause des croyances bien établies et invitent à réévaluer la réalité alimentaire de nos ancêtres.

Tradition et principes du régime paléolithique

Le régime paléo, souvent appelé « régime de l’homme des cavernes » ou « régime de l’âge de pierre », privilégie les viandes maigres, le poisson, les fruits, les légumes, les noix et les graines. Ses partisans recommandent surtout des fruits et légumes à faible indice glycémique, et insistent sur les apports en protéines, notamment via le bœuf nourri à l’herbe, valorisé pour sa teneur en oméga-3. L’idée repose sur la consommation d’aliments disponibles à l’époque paléolithique, considérant que notre génétique et notre anatomie ont peu évolué depuis.

La promotion actuelle du régime paléo s’appuie largement sur la croyance que les outils primitifs limitaient la culture végétale, ce qui aurait poussé les populations à chasser et pêcher davantage. Le Harvard School of Public Health précise que ce régime met l’accent sur les aliments complets et non transformés, tout en excluant céréales, légumineuses et produits laitiers, en raison de l’incapacité présumée des outils de l’époque à permettre une agriculture à grande échelle. Toutefois, cette institution note également : « Bien que certaines études aient suggéré que le régime paléo – axé sur les aliments “d’hommes des cavernes” tels que la viande, les légumes et les noix – puisse avoir des bienfaits sur la santé, des experts cités dans un article du Today du 12 novembre 2020 estiment que les preuves sont floues. »

Ce que révèlent les nouvelles découvertes

Les fouilles archéologiques menées à Taforalt, l’un des plus anciens sites funéraires d’Afrique du Nord, ont livré de précieuses informations sur les Ibéromaurusiens, qui y vivaient il y a environ 15 000 ans. Les chercheurs ont analysé l’émail dentaire et le collagène des os par la technique des isotopes stables pour identifier les sources alimentaires de cette population.

  • Isotopes d’azote et de zinc : utiles pour déterminer la proportion de viande par rapport aux végétaux.
  • Isotopes de carbone : permettant de différencier les protéines issues des viandes terrestres, des poissons et des végétaux.

Les résultats indiquent que les Ibéromaurusiens consommaient une grande diversité de plantes : glands, pignons, légumineuses sauvages comme lentilles et haricots. Des traces laissent penser à l’ingestion de racines ou céréales amylacées telles que betteraves, seigle, manioc, voire maïs. Ces découvertes contredisent l’image d’un régime centré sur la chasse au gros gibier.

Selon Zineb Moubtahij, « le sevrage précoce potentiel des nourrissons à Taforalt renforce l’idée d’un régime végétal dominant au sein de la population, pouvant constituer la principale source de nutrition pour les bébés ». La présence de caries dans les squelettes étudiés appuie cette hypothèse, ces lésions étant souvent liées à la consommation de glucides fermentescibles contenus dans les plantes riches en amidon. Les données suggèrent également des pratiques rudimentaires de transformation et peut-être même de culture des végétaux, bien avant la révolution agricole.

Impacts de l’étude sur la compréhension des régimes paléolithiques

Ces résultats modifient profondément notre vision des régimes pré-agricoles. Ils montrent qu’avant l’essor de l’agriculture, l’alimentation humaine pouvait reposer majoritairement sur les plantes, intégrant noix, légumineuses et amidons divers, preuve d’une connaissance fine des ressources naturelles disponibles. Pour Klervia Jaouen, co-auteure de l’étude, la « forte proportion de végétaux dans l’alimentation d’une population pré-agricole » est « inhabituelle » et marque une première historique dans la recherche archéologique grâce à l’usage de techniques isotopiques.

Ces conclusions remettent en question les fondements du régime paléo moderne, qui privilégie largement la viande au nom d’une hypothèse alimentaire aujourd’hui fragilisée. Elles ouvrent aussi la voie à une révision des recommandations nutritionnelles, en mettant l’accent sur l’importance des végétaux dans l’équilibre alimentaire.

Conséquences sur les recommandations nutritionnelles actuelles

Les données sur le régime largement végétal des humains paléolithiques invitent à repenser les conseils diététiques modernes. Si nos ancêtres pouvaient prospérer avec des apports protéiques majoritairement végétaux, il est possible que notre santé bénéficie aussi d’un tel équilibre. Les nutritionnistes pourraient ainsi promouvoir davantage de légumineuses, noix et graines, sources de protéines moins gourmandes en ressources que la viande.

À l’inverse, les régimes riches en graisses et protéines animales sont aujourd’hui associés à un risque accru de maladies cardiovasculaires, de diabète et d’obésité. Un régime inspiré de l’âge de pierre mais centré sur les fibres, antioxydants et phytonutriments végétaux pourrait réduire ces risques.

Enfin, la diversité végétale observée dans l’alimentation des Ibéromaurusiens souligne l’importance de varier nos apports. Là où les régimes modernes manquent souvent de diversité, intégrer un éventail plus large de plantes permettrait d’augmenter l’apport en vitamines, minéraux et antioxydants essentiels.

Vers une révision des modèles alimentaires

Cette découverte ouvre un nouveau champ d’étude : comprendre comment ces populations préparaient leurs aliments végétaux, quelles étaient les saisons de récolte, et comment ces choix alimentaires influençaient leurs structures sociales et culturelles. Leur capacité à prospérer avec un régime local et végétal, même dans un environnement exigeant, peut inspirer des solutions alimentaires durables face aux défis climatiques et à la sécurité alimentaire.

Plutôt que de s’appuyer sur un modèle unique basé sur des suppositions dépassées, les recommandations futures pourraient s’adapter aux ressources végétales locales, à l’image de nos ancêtres capables d’ajuster leur alimentation à leur environnement.

Sources:
www.birdsadvice.com
nutritionsource.hsph.harvard.edu
hsph.harvard.edu
www.nature.com