
Dans un tournant majeur pour la politique de santé publique américaine, le gouvernement fédéral a annoncé qu’il ne rémunérerait plus les médecins en fonction du nombre de patients qu’ils vaccineraient. Cette décision majeure s’accompagne d’une demande explicite adressée aux agences de santé des différents États de mettre fin à ces incitations financières similaires.
Cette nouvelle orientation marque une rupture avec les pratiques établies et vise à dissocier la performance financière des praticiens de leurs décisions médicales concernant l’immunisation des enfants.
Un changement de cap vers le consentement éclairé
Dans une note de service adressée aux responsables de la santé des États, les Centres de services Medicare et Medicaid (CMS) ont précisé qu’ils ne lieraient plus les paiements aux mesures de qualité de la vaccination au niveau fédéral. En vertu de ces nouvelles directives, les États ne seront plus tenus de fournir le nombre d’enfants vaccinés, même si ces données pourront toujours être communiquées sur une base volontaire.
L’agence a également déclaré vouloir explorer des options pour encourager plus fermement le consentement éclairé avant tout acte de vaccination. Une réflexion sera également menée sur la manière de prendre en compte les exemptions religieuses dans les données et les mesures ultérieures.
Robert F. Kennedy Jr., secrétaire américain à la Santé, a salué cette nouvelle politique, affirmant qu’elle protège la liberté médicale. Il a souligné que les bureaucraties gouvernementales ne devraient jamais contraindre les médecins ou les familles à accepter des vaccins, ni pénaliser les praticiens qui respectent le choix de leurs patients.
La fin des conflits d’intérêts financiers ?
Cette décision a été saluée par de nombreux défenseurs de la santé infantile. Mary Holland, la directrice générale de l’association Children’s Health Defense, estime que ce changement permet de replacer les vaccins dans la catégorie des autres interventions médicales, sans statut d’exception.
Selon le Dr Michelle Perro, pédiatre, cette nouvelle politique est essentielle pour restaurer l’éthique et la confiance dans la pratique médicale pédiatrique. Elle explique que lorsque la rémunération d’un clinicien est liée à une décision médicale spécifique, les familles ont le droit de se demander si la recommandation est faite dans l’intérêt de l’enfant ou pour atteindre un objectif chiffré.
« Même l’apparence d’un conflit peut éroder la confiance, et la confiance est le fondement des soins pédiatriques », a-t-elle souligné.
Des incitations lucratives qui faussaient le jugement
Le système d’incitations financières lié aux taux de vaccination des médecins est controversé depuis longtemps. Selon la journaliste Yudi Sherman, ces primes ont eu un impact négatif sur la pratique pédiatrique, certains parents se plaignant de tactiques de pression pour les amener à accepter des injections qu’ils jugeaient inutiles ou dangereuses.
Ces incitations pouvaient s’avérer particulièrement lucratives. Des données du CMS révèlent en effet que l’agence versait environ 45 dollars aux médecins pour chaque dose de vaccin contre la COVID-19 administrée à un enfant via Medicare. Si l’injection était réalisée à domicile, une somme supplémentaire de 40 dollars était versée. Au total, un médecin pouvait percevoir environ 85 dollars pour une seule injection, le vaccin étant fourni gratuitement par le gouvernement fédéral.
Environ la moitié des médecins bénéficiaient de ces contrats dits « basés sur la valeur », qui récompensent les praticiens par des paiements forfaitaires lorsqu’ils atteignent des objectifs spécifiques. Comme ces taux sont calculés en pourcentages, certains médecins préféraient parfois refuser de recevoir des enfants non vaccinés afin de ne pas faire baisser leurs statistiques.
L’impact économique sur les cabinets médicaux
La pression financière subie par les médecins pour accepter ces incitations est bien réelle et documentée. Une étude publiée en 2021 dans l’International Journal of Vaccine Theory, Practice, and Research a mis en lumière les conséquences économiques pour les praticiens qui respectent le choix de leurs patients.
L’analyse, basée sur la facturation d’un grand cabinet pédiatrique de l’Oregon où le consentement éclairé est respecté, a révélé que le refus des vaccins recommandés par les CDC entraînait des pertes annuelles projetées de plus d’un million de dollars pour un seul cabinet, principalement dues à la perte de frais administratifs et de bonus.
Selon le Dr Meryl Nass, les pédiatres, qui sont souvent les médecins les moins bien payés, comptent sur ces paiements et bonus liés aux vaccins pour rester rentables. Selon le Dr Samara Cardenas, pédiatre à la retraite, ce système existe depuis la fin des années 1990, avec l’essor des HMO (organisations de maintien de la santé), créant ainsi une incitation financière constante à la vaccination.
Un lien avec l’épidémie de maladies chroniques
Selon les critiques du système précédent, lier la rémunération aux taux de vaccination aurait pu nuire à la pédiatrie de plusieurs manières prévisibles :
- distorsion de la conversation clinique en contournant la prise de décision partagée.
- érosion de la confiance envers les conseils pédiatriques ;
- Création d’une charge administrative pour les cabinets cherchant à obtenir ces remboursements.
Mary Holland va même plus loin en affirmant que ces incitations ont contribué à l’épidémie croissante de maladies chroniques chez les enfants aux États-Unis. Elle dénonce des incitations financières « perverses » qui ont privilégié l’atteinte de seuils arbitraires au détriment de la santé individuelle de l’enfant.
Bien que les États soient toujours autorisés à proposer leurs propres incitations financières, ce changement de politique fédérale pourrait encourager les États soucieux de la liberté médicale à mettre fin à ces pratiques sur leur territoire.
Source : childrenshealthdefense.org
