La France se distingue de la plupart des pays occidentaux par un nombre particulièrement élevé de vaccins rendus obligatoires pour les enfants. Cette approche, qualifiée de « terrible exception française » par Sophie Guillot, lanceuse d’alerte santé et membre du réseau REVAV, soulève de nombreuses questions sur le consentement éclairé et la liberté médicale.
Sophie Guillot s’intéresse au sujet depuis plus de trente ans, après avoir lu plusieurs ouvrages pendant sa grossesse qui suggéraient de limiter les vaccinations pédiatriques et de les pratiquer plus tard. Elle n’a vacciné aucun de ses trois enfants et a commencé à s’exprimer publiquement en 2009, une fois la période de prescription dépassée. Son engagement s’est intensifié après la rencontre avec des parents ayant perdu un enfant peu après une vaccination.
L’évolution des obligations vaccinales en France
Jusqu’à fin 2017, seules trois injections étaient obligatoires : le DTP (diphtérie, tétanos, poliomyélite). Le BCG contre la tuberculose avait été obligatoire de 1950 à 2007 avant d’être supprimé. Les rappels ultérieurs restaient de simples recommandations.
En 2018, sous la présidence d’Emmanuel Macron, le nombre d’obligations est passé à 11 vaccins. Le calendrier inclut désormais la coqueluche, l’Haemophilus influenzae B, l’hépatite B, les pneumocoques, le ROR (rougeole, oreillons, rubéole) et le méningocoque C. Cela représente concrètement 10 injections entre 2 mois et 18 mois, plusieurs vaccins étant combinés dans une même seringue (hexavalent, Prevenar, etc.).
Depuis le 1er janvier 2025, quatre nouvelles souches de méningocoques (ACWY) remplacent l’ancienne obligation limitée au type C, et le méningocoque B devient obligatoire avec trois doses. Le total atteint désormais 13 injections sur la même période. Le calendrier vaccinal officiel est consultable sur le site du ministère de la Santé.
Cette multiplication intervient alors qu’en 2017, les promoteurs de la loi de 2018 invoquaient la nécessité de simplifier en rendant tout obligatoire. Pourtant, de nouvelles recommandations (rotavirus, HPV, grippe, etc.) sont venues complexifier à nouveau le message.
La France, une exception européenne
Parmi les 27 pays de l’Union européenne, la France figure parmi ceux qui imposent le plus d’obligations. La plupart des pays d’Europe de l’Ouest ont une approche beaucoup plus souple :
- En Belgique, seul le vaccin contre la poliomyélite est obligatoire.
- L’Espagne n’impose aucun vaccin.
- L’Allemagne n’oblige que la rougeole.
- Le Royaume-Uni, le Luxembourg et la Suisse n’ont pas d’obligations vaccinales étendues.
Les pays d’Europe de l’Est (République tchèque, Pologne, Bulgarie) maintiennent davantage d’obligations. L’Italie a adopté une loi similaire juste avant la France, avec 10 vaccins obligatoires, mais sans pneumocoque ni méningocoque, et avec la varicelle à la place.
Aux États-Unis, le calendrier est encore plus chargé, avec une dose d’hépatite B dès les premières 24 heures de vie, des rappels différents et une grippe recommandée dès 6 mois. Le taux de mortalité infantile y est cependant le plus élevé parmi les pays occidentaux.
Cette disparité interroge : les mêmes maladies semblent présenter des risques très différents selon les frontières, alors que la couverture vaccinale reste élevée dans de nombreux pays sans obligation.
Pressions sur les familles et évolution du cadre légal
Depuis 2018, l’obligation concerne l’admission ou le maintien en collectivité. Il n’existe plus de sanction pénale (amende ou prison), mais les médecins signalent fréquemment des « informations préoccupantes » au procureur. Les familles qui gardent leurs enfants à la maison jusqu’à 3 ans peuvent parfois décaler les injections. Des calendriers de rattrapage existent, avec parfois moins de doses lorsque la vaccination commence plus tard.
La généralisation de l’instruction obligatoire dès 3 ans et les restrictions sévères à l’instruction en famille depuis 2021 compliquent ces stratégies. Le nombre de familles pratiquant l’IEF est passé d’environ 80 000 à 35 000 par an.
Les femmes enceintes subissent également de fortes pressions pour recevoir plusieurs vaccins (coqueluche, grippe, Covid-19, VRS contre la bronchiolite) sans qu’ils soient obligatoires.
Effets indésirables et pharmacovigilance
Comme tout produit pharmaceutique, les vaccins comportent une part de risque, même si les autorités insistent sur leur sécurité. Sophie Guillot insiste sur l’importance de déclarer tout effet suspect.
Pourtant, seuls 0,5 à 3,5 % des effets indésirables liés aux vaccins seraient signalés, contre 1 à 10 % pour les médicaments classiques. Cette sous-déclaration empêche une évaluation précise du rapport bénéfice-risque.
La procédure commence par une déclaration auprès du centre régional de pharmacovigilance ou via le portail de l’ANSM. Les associations comme le REVAV (Réseau des Victimes d’Accidents Vaccinaux) accompagnent les familles dans ces démarches. Une déclaration permet parfois d’obtenir une contre-indication pour les doses suivantes et constitue une preuve utile en cas d’aggravation ultérieure.
Pour les vaccins obligatoires, une indemnisation via l’ONIAM est possible. Pour les vaccins recommandés, la responsabilité peut être recherchée auprès du médecin (manque d’information) ou du laboratoire, bien que ces procédures soient longues et difficiles.
Conseils pratiques pour les parents
Sophie Guillot recommande de ne jamais accepter plusieurs injections le même jour, afin de pouvoir identifier plus facilement un éventuel lien en cas de problème. Il est également essentiel de vérifier si un vaccin est réellement obligatoire ou seulement recommandé.
Les rappels à 6 ans et 11-12 ans ne sont pas obligatoires. En cas de blessure, un adulte peut refuser un rappel tétanos, même si les médecins insistent fortement.
Face à l’impossibilité de concilier convictions et obligations après 3 ans, certains parents choisissent de quitter la France pour des pays sans obligations vaccinales.
Le REVAV et d’autres collectifs (Ligue nationale pour la liberté des vaccinations, associations de victimes) offrent soutien et informations. Le consentement libre et éclairé reste un principe fondamental du code de déontologie médicale.
Cette « exception française » interroge sur l’équilibre entre protection collective et libertés individuelles. À l’heure où de nombreux pays européens maintiennent une approche recommandative, le débat reste ouvert.
