
Au cours de l’année écoulée, vous avez probablement ingéré plus de 100 000 particules de plastique. Certaines estimations suggèrent même que ce chiffre est bien en deçà de la réalité. Invisibles dans votre assiette ou sur votre fourchette, ces particules se cachent dans le sel, l’eau, les aliments et même dans la poussière qui flotte dans nos salons. Ces minuscules fragments, appelés nanoplastiques, sont plus petits qu’un grain de sable.
Contrairement aux microplastiques plus imposants, les nanoplastiques sont suffisamment minuscules pour traverser la paroi intestinale et se frayer un chemin dans la circulation sanguine. Une fois à l’intérieur, ils s’installent dans les reins, le foie et d’autres organes vitaux. Cependant, des chercheurs sud-coréens viennent de découvrir un allié inattendu dans la lutte contre cette invasion invisible : une modeste bactérie vivant dans un bocal de kimchi fermenté.
Une bactérie championne de la bioabsorption
Le kimchi est un véritable paradis microbien, abritant des centaines de souches de bactéries lactiques. Ces microbes sont réputés pour faciliter la digestion et stimuler l’immunité. Une équipe de l’Institut mondial du kimchi a passé au crible plusieurs de ces souches pour vérifier si l’une d’entre elles possédait une affinité naturelle pour s’accrocher au plastique. Ils ont trouvé leur championne : la souche CBA3656.
Cette nouvelle étude s’est penchée sur la façon dont cette souche spécifique interagit avec le plastique dans l’environnement intestinal. Par le passé, cette bactérie avait déjà prouvé son efficacité pour éliminer divers contaminants, et les scientifiques souhaitaient savoir si elle pouvait faire de même avec les polymères synthétiques.
Il est important de noter que la bactérie ne consomme pas le plastique. Elle le transporte plutôt via un processus appelé bioabsorption. Les parois cellulaires de la bactérie sont recouvertes de crochets chimiques qui agissent comme un velcro microscopique, capturant les nanoplastiques à leur passage.
En laboratoire, les performances de la souche CBA3656 se sont révélées impressionnantes. L’équipe a testé la bactérie dans des conditions extrêmes : dans des solutions avec différentes concentrations de plastique, en faisant varier la température d’un froid quasi glacial jusqu’à 55 °C, et en modifiant le pH pour le rendre très acide ou basique. Malgré ces épreuves, la bactérie a continué son travail de nettoyage, atteignant un taux d’efficacité de 87 % dans la capture des plastiques à son apogée.
Des résultats prometteurs in vivo
Bien entendu, un véritable intestin est très différent d’une boîte de Petri. L’étape suivante a consisté à simuler l’environnement de l’intestin humain, un tube sombre, acide et agité par les fluides. Là encore, la souche CBA3656 a surpassé ses cousines. Alors que d’autres souches de la famille Leuconostoc peinaient à être efficaces, elle a maintenu un taux d’adsorption de 57 %. Les chercheurs sont ensuite passés aux essais sur les souris.
Il s’agissait de souris de laboratoire spécialisées, dépourvues de bactéries intestinales naturelles, offrant ainsi une page blanche pour l’expérience. Les scientifiques ont nourri ces rongeurs avec des nanoplastiques composés de polystyrène, un plastique très courant utilisé dans les emballages alimentaires et l’isolation. La moitié des souris a reçu une dose de CBA3656, tandis que l’autre moitié n’en a pas eu.
Les résultats ont été sans appel : les souris ayant consommé le probiotique ont excrété plus du double de la quantité de plastique dans leurs excréments par rapport au groupe témoin. Les bactéries se liaient littéralement au plastique dans l’intestin pour l’escorter hors du corps.
En augmentant l’excrétion fécale de ces polluants, les bactéries ont réduit le temps passé par le plastique dans l’organisme, diminuant ainsi considérablement le risque que ces particules ne migrent dans la circulation sanguine.
Des perspectives d’avenir pour la santé publique
Avant de vous précipiter pour manger du kimchi tous les jours, quelques précautions s’imposent.
Il convient de prendre ces découvertes sur les superaliments avec un certain recul. Cette recherche émane directement de l’Institut mondial du kimchi, un organisme financé par le gouvernement sud-coréen dont le mandat clair est de promouvoir et de protéger l’exportation la plus célèbre du pays. Bien que les données évaluées par des pairs soient très probablement exactes, l’institut a un intérêt naturel à mettre en lumière des succès qui renforcent la valeur culturelle et économique de ce plat traditionnel.
Les chercheurs soulignent également qu’une souris dépourvue de germes n’est pas un être humain. Nos intestins sont peuplés de milliers de milliards d’autres microbes, tous en compétition pour l’espace et les ressources. Des études supplémentaires sont nécessaires pour vérifier si la souche CBA3656 peut conserver ses capacités d’absorption du plastique lorsqu’elle est plongée dans la jungle complexe du microbiome humain.
Néanmoins, les implications de cette découverte sont colossales. Nous pourrions nous diriger vers un avenir où les probiotiques deviendraient des aliments fonctionnels conçus pour atténuer les toxines environnementales spécifiques au XXIe siècle. On peut imaginer un yaourt ou un complément alimentaire spécialement formulé pour les personnes vivant dans des zones très polluées, ou pour celles qui consomment de grandes quantités de fruits de mer, une source majeure de nanoplastiques.
Ces travaux mettent également en évidence la valeur inexploitée des aliments fermentés traditionnels. Depuis des siècles, les humains utilisent la fermentation pour conserver les aliments et améliorer leur santé, souvent sans en comprendre la chimie complexe. Aujourd’hui, alors que nous faisons face à une crise de notre propre création, la saturation de notre environnement par des polymères synthétiques, il semble que les recettes de nos ancêtres pourraient bien détenir une clé essentielle pour notre protection.
L’étude détaillée de ces recherches a été publiée dans la revue scientifique Bioresource Technology.
Source : zmescience.com
