
Depuis dix ans, Kyria et son mari Manu œuvrent avec passion au cœur de l’Ariège, à Montjoie-en-Couserans. À la tête de la petite ferme biologique Les Champs de Gaya et du restaurant La Table de Gaya, ils proposent un modèle pionnier du « 100 % ferme », où chaque aliment passe directement de la terre à l’assiette. Engagés dans une agriculture autonome, soucieuse du bien-être animal et de la permaculture, ils se retrouvent aujourd’hui au centre d’une véritable tempête. Dans un témoignage poignant publié le 17 avril 2026, Kyria dénonce une machine administrative visant à les broyer financièrement et moralement.
Une saisie administrative brutale et arbitraire
La nouvelle est tombée comme un couperet : tous les comptes bancaires de l’exploitation ont été saisis et vidés par l’administration, les laissant avec un solde à zéro. Cette saisie risque même d’entraîner une interdiction bancaire pour le couple, en raison de leurs crédits en cours. Le prétexte invoqué par les autorités remonte à un vieux litige avec l’URSSAF datant d’il y a cinq ans. À l’époque, l’organisme exigeait que Kyria cotise au régime général, bien qu’elle soit affiliée à la Mutualité Sociale Agricole (MSA). L’affaire avait été réglée, mais elle a été soudainement réactivée sans le moindre avertissement préalable. Les huissiers ne se sont présentés pour l’informer qu’une semaine après la saisie effective de ses fonds.
Face à cette urgence absolue, et pour pouvoir payer ses employés, ses fournisseurs et ses charges à l’aube de la nouvelle saison, Kyria avait initialement ouvert une cagnotte de soutien en France. Celle-ci a été très rapidement bloquée sur ordre de la préfecture, une décision que la restauratrice perçoit comme un acharnement direct.
La répression ciblée d’une « gardienne du vivant » ?
Pour Kyria et ses nombreux soutiens, le calendrier de cette offensive administrative n’a rien d’un hasard. Cette saisie intervient peu de temps après une action en justice majeure : Kyria a récemment co-signé une plainte devant la Cour de Justice de la République contre la ministre de l’Agriculture et le ministre de l’Intérieur. Cette plainte, soutenue par le collectif Paysans Libres et l’association BonSens.org, vise à dénoncer les abattages forcés massifs de bovins en Ariège, imposés par les autorités sous couvert de gestion sanitaire, au détriment de solutions alternatives respectueuses des bêtes.
« Notre seul tort, c’est de nourrir la population. Notre seul tort, c’est d’être gardien du vivant. Notre seul tort, c’est d’aimer la nature et de vouloir faire avec elle et pas contre elle. Notre seul tort, c’est de refuser qu’il y ait des laboratoires qui s’en mettent plein les fouilles, c’est de refuser que ce soit l’argent qui domine le monde. »
L’agricultrice dénonce une volonté délibérée d’exterminer les paysans indépendants qui osent s’opposer au rouleau compresseur de l’agro-industrie et aux normes excessives. Elle résume ce combat par une opposition frontale entre les gardiens du vivant et les gardiens de l’argent.
Un élan de solidarité massif pour contourner la censure
Loin de se laisser abattre par ce qu’elle qualifie de méthodes visant à la faire taire, Kyria a immédiatement réagi. Pour contourner le blocage français, elle a lancé un nouvel appel à l’aide via la plateforme américaine GiveSendGo. Et la réponse du public a été fulgurante : en quelques jours à peine, la solidarité citoyenne a permis de récolter plus de 235 000 €, prouvant que de nombreux Français soutiennent activement la souveraineté alimentaire et la liberté paysanne.
Malgré l’épuisement et les larmes, la détermination de l’Ariégeoise reste inébranlable. Prête à vendre son restaurant s’il le faut pour continuer la lutte, elle adresse un message clair à ceux qui tentent de la museler :
« Vous pouvez tout me prendre. Vous avez pris mon argent, vous avez pris ma cagnotte… Mais tant que je ne serai pas morte, je continuerai à dénoncer et à montrer aux gens que le seul maître aujourd’hui auquel il faut se soumettre, c’est la nature. […] Les peurs doivent changer de camp. »
Source : La Table de Gaya






