Interview avec Karl Hummitzsch : développement positif de l’affaire de Reiner Füllmich grâce à United For Freedom

Interview avec Karl Hummitzsch : développement positif de l'affaire de Reiner Füllmich grâce à United For Freedom

L’avocat Reiner Füllmich s’est imposé comme une figure majeure durant la crise du Covid en dénonçant ce qu’il considère comme des crimes liés à la gestion de la pandémie. Depuis son arrestation dans des circonstances controversées, il se trouve incarcéré alors qu’il n’a fait l’objet d’aucune condamnation judiciaire. L’organisation de défense des droits de l’homme United For Freedom (UFF) a toutefois obtenu des avancées significatives dans son dossier. Karl Hummitzsch, directeur de la section allemande de l’UFF, revient sur sa rencontre avec l’avocat en prison et sur les perspectives de cette affaire hors du commun.

Un avocat au parcours engagé

Reiner Füllmich est avocat, inscrit au barreau en Allemagne comme aux États-Unis. Durant la période du Covid, il s’est particulièrement illustré dans le cadre d’une commission d’enquête dédiée aux crimes liés à la pandémie. Il a également convoqué un grand jury aux États-Unis, réunissant quelque 150 scientifiques, médecins et juristes spécialisés, qui ont élaboré un acte d’accusation détaillant précisément les abus identifiés. Puis, de manière inattendue, c’est Füllmich lui-même qui s’est retrouvé inculpé pour des accusations de détournement et de malversation financière.

Une arrestation aux circonstances troubles

Selon le témoignage de Reiner Füllmich recueilli par Karl Hummitzsch lors de leur entretien en prison, les circonstances de son arrestation sont pour le moins suspectes. Ses passeports auraient d’abord mystérieusement disparu au Mexique, où il résidait. Il aurait ensuite été attiré au consulat de Mexico sous prétexte de récupérer ses documents. Des passeports de remplacement lui auraient été proposés, puis les originaux retrouvés, avant qu’on ne lui annonce qu’ils n’étaient plus valables.

Füllmich a alors été conduit à l’aéroport, puis placé dans un camp de migrants, donnant l’impression qu’il allait être expulsé comme un simple migrant irrégulier. Or, comme le souligne Hummitzsch, l’avocat était entré légalement sur le territoire mexicain et n’avait rien à se reprocher dans ce pays. À son arrivée en Allemagne, il a été descendu par l’escalier de l’avion, évitant le passage habituel par le terminal, et arrêté directement par des policiers. Sa demande d’accès au dossier pour connaître les motifs de son arrestation lui a été refusée, et à ce jour, l’accès complet au dossier n’a toujours pas été accordé.

Des violations des droits fondamentaux documentées

Karl Hummitzsch énumère plusieurs textes juridiques qui auraient été enfreints dans cette procédure. L’article 15 du RGPD (règlement sur la protection des données), l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme, ainsi que les directives européennes 2012/13 imposent tous qu’une personne arrêtée soit pleinement informée des raisons de sa détention. Ce qui, selon l’UFF, n’a pas été respecté.

Mais la violation la plus grave concerne peut-être la période d’isolement. Initialement incarcéré à la prison de Rosdorf, près de Kassel, Reiner Füllmich a été placé à l’isolement pendant six mois. Or, selon les directives des Nations unies, la détention à l’isolement au-delà de 14 jours est considérée comme une forme de torture blanche, susceptible de raccourcir la vie du détenu.

L’intervention décisive de United For Freedom

C’est précisément cette situation qui a poussé l’UFF à intervenir de manière active. L’organisation a d’abord observé le processus, puis échangé avec l’avocate principale de Füllmich pour comprendre la nature du traitement qui lui était infligé. L’approche de l’UFF se distingue de celle de la défense classique : plutôt que de se limiter aux questions juridiques habituelles entre tribunal et défense, l’organisation aborde l’affaire sous l’angle spécifique des droits de l’homme.

Un rapport de 30 pages a été rédigé et remis aux avocats de Füllmich, qui l’ont transmis au tribunal. Le résultat a été concret : Reiner Füllmich a été transféré à la prison de Bremervörde, dans des conditions de détention normales. Karl Hummitzsch, qui lui a rendu visite à deux reprises, confirme l’amélioration de sa situation physique. Lors de sa première visite, l’avocat semblait instable sur ses jambes. Lors de la seconde, il paraissait décontracté et en meilleur état.

Un homme libre derrière les barreaux

Un point fondamental ressort de cet entretien : Reiner Füllmich n’est pas condamné. En vertu de la présomption d’innocence, il devrait théoriquement être un homme libre. Le motif officiel de son maintien en détention est le risque de fuite. Or, selon les éléments dont dispose l’UFF, rien dans le dossier ne viendrait étayer ce risque.

Karl Hummitzsch estime que des alternatives existent. Un bracelet électronique, par exemple, constituerait une mesure parfaitement efficace et proportionnée. L’objectif de l’organisation est désormais d’obtenir l’accès complet au dossier, en s’appuyant sur le statut d’organisation internationale de défense des droits de l’homme de l’UFF, et de contester juridiquement le maintien en détention.

Qu’il doive être en prison sans jugement, ça on ne peut pas l’imaginer. Ni la façon dont il a été traité. C’est-à-dire la maltraitance antérieure. Sa discrimination aussi, la manière dont le public a été désinformé. C’est inhumain.

Un exemple pour faire taire les dissidents ?

Pour Karl Hummitzsch, l’enjeu dépasse largement le cas individuel de Reiner Füllmich. Selon lui, l’objectif ne serait pas simplement de retirer l’avocat de la circulation, mais d’en faire un exemple. Füllmich jouit d’une réputation considérable, tant en Allemagne qu’à l’international, grâce à son travail d’enquête mené avec de nombreux scientifiques et experts. Le message implicite serait clair : quiconque se rebelle et mène un travail d’investigation sérieux sur ces questions pourrait subir le même sort.

Ce phénomène, qualifié de lawfare (guerre juridique), consiste à détourner les instruments judiciaires à des fins politiques pour neutraliser les voix dissidentes. L’UFF entend justement lutter contre ces pratiques en veillant au respect strict du droit international.

Les prochaines étapes

L’organisation poursuit son travail sur plusieurs fronts. D’abord, l’obtention de l’accès complet au dossier, que l’UFF estime pouvoir obtenir en vertu de son statut international et des conventions ratifiées par l’Allemagne. Ensuite, la contestation point par point des restrictions imposées à Füllmich, notamment l’interdiction de communiquer librement avec l’extérieur, de téléphoner quand il le souhaite ou de disposer de son propre argent, autant de droits fondamentaux qui ne devraient pas être retirés à une personne non condamnée.

Karl Hummitzsch se montre toutefois mesuré dans son approche. Il reconnaît que le tribunal s’est montré correct concernant l’amélioration des conditions de détention et que la direction de la nouvelle prison a joué le jeu. Il estime que le dialogue reste possible et que des solutions peuvent encore être trouvées, tout en maintenant la pression sur les points où le droit international est bafoué. L’affaire Füllmich, conclut-il, nécessite une action urgente sur le plan des droits de l’homme, même si les questions pénales relèvent d’un autre registre sur lequel l’UFF ne se prononce pas.

Source : kla.tv