
Chaque jour, des millions de foyers reproduisent le même geste en apparence inoffensif : verser une ration de croquettes dans la gamelle de leur chien ou de leur chat. Près de huit propriétaires sur dix optent pour ce mode d’alimentation, souvent rassurés par les recommandations de leur vétérinaire. Pourtant, derrière ce produit ultra-transformé se cache une industrie opaque dont les pratiques soulèvent de graves questions de santé animale. L’auteur Gilles Lartigot, accompagné de la naturopathe vétérinaire Valérie Bacon, a mené l’enquête pour décortiquer ce marché colossal.
Un marché sous le contrôle de cinq géants de l’agroalimentaire
Le marché de la pet food (nourriture pour animaux de compagnie) pèse environ 6 milliards d’euros rien qu’en France. Loin d’être une multitude de petits producteurs soucieux du bien-être animal, ce secteur est dominé par cinq multinationales qui contrôlent près des trois quarts du marché :
- Nestlé, propriétaire des marques Purina et Proplan.
- Mars, qui a racheté Royal Canin, une marque originellement créée par un vétérinaire français.
- Colgate-Palmolive, qui détient la marque Hills, très présente dans les cliniques vétérinaires.
- Virbac, un laboratoire pharmaceutique français.
- Affinity, un groupe espagnol massivement distribué en grande surface.
Le plus inquiétant réside dans la régulation de cette industrie. Les normes ne sont pas dictées par des organismes publics indépendants, mais par des entités privées comme la FEDIAF en Europe ou l’AAFCO aux États-Unis. Les comités de direction de ces organismes sont bien souvent composés des représentants de ces mêmes multinationales. En d’autres termes, l’industrie s’autorégule de A à Z.
La croquette : une aberration physiologique
Pour comprendre le problème des croquettes, il faut remonter à leur création. À l’origine, à la fin du XIXe siècle, il s’agissait de biscuits de survie jetés par les marins et récupérés pour les chiens. Mais c’est l’invention de l’extrusion, un procédé de cuisson à très haute température, qui a permis de populariser la croquette telle que nous la connaissons aujourd’hui.
Le mensonge des glucides cachés
Les chiens et les chats sont des carnivores. Leur organisme n’a aucun besoin physiologique d’ingérer des glucides. Pourtant, pour qu’une croquette tienne sa forme et ne tombe pas en poussière lors de l’extrusion, elle doit obligatoirement contenir un minimum de 18 % d’amidon. Il s’agit d’une contrainte purement industrielle.
Dans les faits, pour réduire les coûts de production, les fabricants utilisent massivement des céréales (blé, maïs, riz). Il n’est pas rare que les croquettes contiennent plus de 40 % de glucides. Pire encore : la législation n’oblige pas les industriels à afficher ce taux sur les emballages. Le consommateur se retrouve donc dans l’incapacité de savoir quelle quantité de sucre il donne réellement à son animal.
Le fléau silencieux de la déshydratation
Dans la nature, une proie contient environ 70 % d’eau. Une croquette, elle, n’en contient que 8 à 12 %. Le problème est que nos animaux de compagnie, et tout particulièrement les chats, ne boivent pas instinctivement de grandes quantités d’eau. La gamelle d’eau placée à côté des croquettes ne suffit jamais à compenser ce déficit hydrique. Cette déshydratation chronique est la cause directe de l’explosion des maladies rénales et urinaires chez nos compagnons.
Que contiennent vraiment les croquettes ?
L’autopsie d’une croquette révèle des ingrédients bien éloignés des images alléchantes de poulets rôtis ou de saumons frais imprimées sur les paquets.
La fameuse « Catégorie 3 »
Les protéines animales utilisées dans la pet food proviennent majoritairement de la « Catégorie 3 ». Il s’agit des restes de l’industrie agroalimentaire qui ne sont pas destinés à la consommation humaine : carcasses, tendons, arêtes, pattes, cous, peau ou encore becs. Les animaux de compagnie héritent du dernier maillon de la chaîne, consommant les déchets ultimes que même les animaux d’élevage ne mangent pas.
De plus, ces résidus concentrent les antibiotiques et les produits chimiques administrés au bétail lors de l’élevage intensif. Les animaux de compagnie n’étant pas destinés à être mangés, les contrôles sanitaires sur leur alimentation sont infiniment moins stricts.
Oxydation et exhausteurs de goût
Après le processus d’extrusion, la croquette n’a ni goût ni odeur. Pour inciter l’animal à la manger, les industriels l’enrobent de graisses et d’exhausteurs de goût. Cependant, dès l’ouverture du paquet, ces graisses entrent en contact avec l’air et commencent à s’oxyder.
Au bout de trois semaines, les croquettes du fond du paquet deviennent littéralement toxiques à cause de cette oxydation. Le phénomène est aggravé si les croquettes sont transvasées dans des bacs en plastique non nettoyés, où les graisses rances s’accumulent sur les parois.
Le conflit d’intérêts dans les cabinets vétérinaires
Si les croquettes sont si mauvaises, pourquoi les vétérinaires les recommandent-ils ? La réponse se trouve dans leur formation. Sur un cursus de six ans, un étudiant vétérinaire ne reçoit que 25 à 50 heures de cours sur la nutrition. Et le plus troublant est que ces formations sont directement financées et dispensées par les géants de la pet food, comme Hills ou Royal Canin.
Les cliniques vétérinaires deviennent ainsi des points de vente privilégiés, bénéficiant de l' »effet blouse blanche » qui met le consommateur en confiance. Le groupe Mars est même allé jusqu’à racheter son propre réseau de cliniques vétérinaires, créant un système en vase clos où l’industrie contrôle la production, la réglementation, la recherche scientifique et la prescription médicale.
Une épidémie de maladies de civilisation
Les conséquences de cette alimentation ultra-transformée sont désastreuses. Aujourd’hui, un animal de compagnie sur deux souffre d’obésité ou de surpoids. Ils développent les mêmes « maladies de civilisation » que les humains : insuffisance rénale, problèmes articulaires, cancers, ou encore de graves problèmes de peau et des démangeaisons souvent qualifiées à tort d’allergies au poulet, alors qu’elles sont dues à la nature même de la croquette.
Face à ce constat, le retour à une alimentation physiologique semble être la seule issue. Que ce soit par le biais de rations ménagères, de viande crue ou cuite, réintégrer de vrais aliments non transformés et riches en eau dans la gamelle de nos animaux permettrait de prévenir, voire de guérir, la grande majorité de ces pathologies modernes.
Source : PureSanté
