Santé : Ils ont programmé la fin de la médecine artisanale (Dr Louis Fouché)

Santé : Ils ont programmé la fin de la médecine artisanale (Dr Louis Fouché)

L’hôpital public est-il encore un sanctuaire dédié au soin, ou est-il devenu une entreprise comme une autre, soumise aux lois impitoyables du marché ? C’est la question centrale que pose le Dr Louis Fouché, anesthésiste-réanimateur et spécialiste en éthique. Longtemps médecin « sans histoire », responsable de la qualité et de la sécurité des soins, il a vu de l’intérieur la transformation radicale de notre système de santé.

De la gestion par les chiffres à l’influence des cabinets de conseil, en passant par la fabrication du consentement scientifique, ce témoignage révèle les mécanismes d’une dérive où la rentabilité semble avoir pris le pas sur l’humain.

Quand l’hôpital devient une entreprise de « parts de marché »

Le point de bascule pour de nombreux soignants a été l’intrusion brutale du monde de l’entreprise au cœur des services hospitaliers. Le Dr Fouché raconte une anecdote édifiante survenue au centre de lutte contre le cancer de Marseille. Ce n’est ni le directeur de l’hôpital ni le président de la commission médicale qui a présenté le projet d’établissement, mais le cabinet de conseil Capgemini.

La logique présentée aux médecins était purement financière : le cancer augmente tendanciellement de 7 % par an. Pour qu’un service soit performant, il ne doit pas se contenter de suivre cette courbe, mais gagner des parts de marché. Des objectifs chiffrés de croissance ont ainsi été assignés par spécialité :

  • Chirurgie du pancréas : +13 % d’activité attendue ;
  • Réanimation hématologique : +17 % ;
  • Chirurgie hépatique : +6 %.

Cette pression du chiffre a des conséquences directes et parfois dramatiques sur les patients. Pour atteindre ces objectifs, on assiste à des dérives comme l’acharnement thérapeutique. Des patients en phase terminale de cancer, qui auraient dû bénéficier de soins palliatifs et d’un accompagnement de fin de vie digne, se retrouvent en réanimation pour des complications liées à des chirurgies ou des chimiothérapies de « dernière chance », simplement parce qu’il fallait « faire du chiffre ».

La liquidation programmée du modèle artisanal

Cette industrialisation de la santé n’est pas un accident, mais une volonté politique et économique théorisée. Louis Fouché cite une conférence marquante de l’économiste de la santé Claude Le Pen au Collège de France, qui déclarait sans ambages :

« Nous sommes là pour liquider le modèle artisanal de la santé. »

L’objectif est de remplacer le colloque singulier entre le médecin et son patient — une approche sur-mesure, humaine et adaptée — par un système rationalisé, standardisé et évaluable comptablement. Dans cette nouvelle configuration, le médecin n’est plus un artisan qui cherche la meilleure solution pour une personne unique, mais un ouvrier spécialisé sur une chaîne de production de soins, appliquant des protocoles standardisés pour garantir un rendement.

La fabrication industrielle de la « Vérité » scientifique

Si l’hôpital est devenu une industrie, la science médicale elle-même n’échappe pas à cette logique de production. Contrairement aux sciences « dures » comme la physique ou les mathématiques, la médecine reste une pratique empirique souvent présentée, à tort, comme une science exacte. Le système de publication scientifique, censé garantir la qualité des connaissances, est aujourd’hui gangrené par des conflits d’intérêts majeurs.

Le processus de création de la « vérité officielle » suit un cheminement bien rodé :

  1. L’étude orientée : Le fabricant d’un produit finance l’étude qui doit prouver sa supériorité. Les biais sont fréquents, depuis le thésard qui arrange ses données jusqu’au professeur qui soigne son « impact factor » pour sa carrière.
  2. Le consensus financé : Des conférences de consensus sont organisées, souvent sponsorisées par les mêmes industriels, pour établir des recommandations.
  3. La norme opposable : Ces recommandations deviennent des « Références Médicales Opposables ». Elles acquièrent une valeur quasi légale. Un médecin qui s’en écarte, même pour le bien de son patient, risque des poursuites.

Ainsi, la « désinformation » en santé est aujourd’hui redéfinie non pas comme ce qui est faux, mais comme tout ce qui contredit le processus industriel et institutionnel. Le doute, pourtant moteur de la démarche scientifique, est devenu suspect, voire interdit.

Censure et contrôle de l’information : le modèle européen

Face à toute voix discordante, la réponse institutionnelle s’est durcie, particulièrement en Europe. Alors qu’aux États-Unis, des révélations émergent sur la censure opérée par les réseaux sociaux sous pression gouvernementale (aveux de Mark Zuckerberg, rachat de Twitter par Elon Musk), l’Union Européenne semble prendre le chemin inverse.

La lutte contre la « désinformation » est devenue une priorité affichée par la Commission européenne. Des outils de contrôle se mettent en place :

  • Les Fact-Checkers : Souvent présentés comme des arbitres neutres, ils valident systématiquement la doxa dominante.
  • Les Data Gatekeepers : L’accès aux bases de données et la possibilité de publier dans des revues prestigieuses sont verrouillés pour les chercheurs qui ne s’alignent pas sur la narration officielle (par exemple, l’obligation d’affirmer que les vaccins sont « sûrs et efficaces » pour pouvoir publier une étude sur leurs effets secondaires).
  • La judiciarisation : Les lois sur les dérives sectaires sont désormais utilisées pour cibler les discours de santé alternatifs, criminalisant l’incitation à l’arrêt ou au refus de certains traitements conventionnels.

Pourquoi le silence des médecins ?

Face à ce constat systémique, pourquoi la majorité des médecins ne se révolte-t-elle pas ? La réponse est multifactorielle. D’abord, il y a le confort et le statut social : remettre en cause le système, c’est risquer sa carrière, sa réputation et ses revenus. Il est difficile de « cracher dans la soupe » quand on bénéficie d’une position reconnue.

Ensuite, il y a la dissonance cognitive. Admettre que ce que l’on a appris et pratiqué pendant des années est potentiellement faux ou corrompu demande un deuil douloureux. Beaucoup préfèrent ne pas voir. Enfin, il existe une résistance silencieuse : de nombreux soignants « passent entre les gouttes », adaptant discrètement leurs pratiques ou contournant les obligations sans faire de bruit, pour continuer à soigner selon leur conscience sans s’exposer à la foudre administrative.

Malgré ce tableau sombre d’une tentative de contrôle totalitaire sur la santé et les corps, le Dr Fouché observe un mouvement inverse : la création d’alternatives. Plus le système se raidit, plus il expulse ceux qui ne rentrent pas dans le moule, et plus ces « grains de sable » s’organisent pour reconstruire, ailleurs, une médecine à visage humain.

Source : Alternatif Bien-Être