
Médecin oncologue, Éléonore Djikeussi dénonce le paradigme dominant du cancer. Elle appelle à repenser les traitements, à intégrer l’alimentation, et à s’affranchir d’un modèle devenu industriel et pathogène. Dans son ouvrage Cancer : maladie génétique ou crise énergétique cellulaire ? Le pouvoir de l’alimentation (éditions Le Souffle d’Or), elle expose pourquoi la vision génétique imposée depuis les années 1950 a façonné la recherche et les soins, souvent au détriment de l’hygiène de vie et de la nutrition, et comment une approche globale—basée sur la prévention, la gestion du stress et des choix alimentaires adaptés—peut changer le pronostic et redonner aux patients un rôle actif dans leur guérison.
Médicaments précipités : une dérive post-Covid ?
Dès l’ouverture de l’entretien, le Dr Éléonore Djikeussi met en garde contre une accélération inquiétante depuis le Covid: des « remèdes qui sortent directement des boîtes de pétrie » et sont prescrits trop vite aux malades. Elle appelle à « mettre aussi une certaine régulation pour ce genre de choses », tout en rappelant que la demande de « mieux-être » et de « médicaments un peu miracles » reste forte chez les patients en cancérologie. « Il y a des excès dans les deux sens, le problème c’est quand le garde-fou devient le fou », résume-t-elle.
Cancer et médecine alternative : pourquoi ouvrir le débat ?
L’émission pose d’emblée la question des traitements alternatifs au cancer, de leur coût, et de la place laissée aux médecins qui sortent des sentiers battus. L’invitée assume un discours de « changement de paradigme » en cancérologie, non pas pour « remplacer ce qui existe », mais pour rendre visibles d’autres leviers thérapeutiques, plus accessibles pour le corps, notamment l’alimentation et l’hygiène de vie.
Cancer : maladie génétique ou crise environnementale et cellulaire ?
Selon le Dr Djikeussi, le basculement des années 1950—après la découverte de l’ADN—a installé une vision « opportuniste » du cancer comme maladie génétique, au détriment du regard environnemental qui prévalait auparavant. Elle évoque « le courant eugéniste » et le rôle du laboratoire de Cold Spring Harbor dans l’essor de la génétique et du projet Génome humain, estimant que cette orientation a concentré de façon « myope » la recherche et le diagnostic sur les gènes. « Le gène du cancer n’a pas été trouvé. On trouve des gènes de prédisposition, mais pas le gène du cancer », insiste-t-elle.
Elle cite des « cas de réversions spontanées » publiés régulièrement, et un article de 2024 « dans Le Monde » présentant des travaux (chez la mouche) montrant qu’un cancer peut être induit sans mutation génétique, « simplement en créant un bug d’un gène ». Pour elle, comprendre cela redonne du pouvoir au patient: « Le cancer n’est pas une fatalité. » Sources: Dr Éléonore Djikeussi; Le Monde (2024), travaux du Dr Diacomo (expérience chez la mouche).
Le rôle central de l’alimentation cellulaire
Pourquoi mangez-vous ? « Nos cellules ont besoin d’énergie », répond l’oncologue. Au cœur, la mitochondrie—« centrale énergétique »—qui doit recevoir macronutriments (protéines, lipides, glucides) et micronutriments pour réparer, chaque jour, les dégâts causés par l’environnement (pollution, toxiques) ou par le stress psychologique, « une forme de toxicité » équivalente dans ses effets cellulaires. Quand l’apport est inadapté, surviennent vieillissement prématuré, cancers ou autres maladies chroniques.
À quel moment l’alimentation compte-t-elle ?
Toujours. En prévention, pendant les traitements—pour « corriger la toxicité » des thérapies anticancéreuses—et en convalescence, pour combattre la fatigue. « Tous les traitements anticancéreux conventionnels sont des poisons cellulaires… utiles parfois dans l’urgence, mais délétères au long cours s’ils épuisent la résilience de l’organisme. »
Chimiothérapie : efficacité et limites
La médecine intégrative reste, pour l’invitée, l’actualité souhaitable : associer les armes conventionnelles quand nécessaire, tout en soutenant le terrain. Elle compare l’urgence (œdème de Quincke → cortisone) à certaines situations en oncologie où la chimio s’impose. Mais elle alerte: « Maintenir un poison cellulaire de façon chronique pose problème. »
Histoire du sucre : de la canne aux assiettes… et à l’épidémie métabolique
Le Dr Djikeussi retrace l’« invasion » du sucre : traite négrière mise en branle par une bulle papale, essor industriel, puis lobbying aux États-Unis dans les années 1970. Elle cite une étude « à Harvard » financée par « l’industrie du sucre » qui aurait injustement accablé les graisses et installé des recommandations à 50–55 % de glucides, coïncidant avec l’explosion de l’obésité et de la sédentarité.
Elle rappelle aussi une ancienne expérience « chez des lapins végétariens nourris aux graisses animales » pour incriminer la graisse dans l’athérosclérose—une base qu’elle juge « cocasse ». Sa conclusion pratique : « Il faut réduire les sucres, surtout chez les sédentaires. »
Régime cétogène : état des lieux et controverses
La médecin affirme qu’un régime « très pauvre en sucre »—moins de 10 % des apports—peut « stimuler l’immunité, lutter contre l’inflammation » et s’avérer utile dans certains cancers, citant des « cas publiés » en tumeurs cérébrales. Elle mentionne un « premier congrès sur le régime cétogène » prévu en France et l’étude KETORIN à l’Institut Gustave-Roussy « sur le cancer du rein ». Elle rappelle que le glucose n’est « pas indispensable » dans l’assiette: l’organisme sait en synthétiser par néoglucogenèse, « même en jeûnant 21 jours sans faire d’hypoglycémie ».
Afrique : aliments transformés, explosion des maladies
Passant d’un continent à l’autre, elle relie l’arrivée massive de farines de blé, de boulangeries/pâtisseries et de pâtes à la montée concomitante de l’obésité, du diabète, des AVC, d’Alzheimer. Elle cite des ordres de grandeur tirés d’un point OMS en 2022: « États-Unis: 30 % d’enfants obèses; Europe: 20 %; Afrique: 1 % pour l’instant », en prévoyant une convergence rapide.
Carences cachées, végétarisme mal guidé et troubles chez les jeunes
Du fait de « sols appauvris » et de modes de conservation (irradiation) appauvrissant vitamines et minéraux, la malnutrition réapparaît selon elle—jusqu’à des carences en vitamine B3 évoquant la pellagre, « y compris chez des jeunes » séduits par un végétarisme réduit à « pâtes + sauce tomate ». Elle rapporte avoir vu fatigue chronique, troubles de concentration, dépression, voire « problèmes psychotiques » dans ces contextes. Message clé: le végétarisme bien mené est possible, mais doit être construit autour des nutriments essentiels.
Petits-déjeuners sucrés, montagnes russes glycémiques
L’invitée explique le cycle pic d’hyperglycémie → décharge d’insuline → « petite hypoglycémie » qui redonne faim, surtout après céréales industrielles le matin, avec un pic d’agitation vers 11h chez les enfants. Elle illustre la charge glucidique d’une baguette, « équivalente à une vingtaine de morceaux de sucre », et rappelle que tous les glucides « se transforment » en glucose.
Protéines, graisses, micronutriments : redonner du sens à l’assiette
En pratique, elle prône des protéines de qualité et la « réhabilitation » des graisses: beurre, graisse de coco, huile de palme, huile d’olive, un peu d’huiles riches en oméga-3/oméga-6. « Omettre les graisses est une erreur: vous compenserez par plus de glucides. » Elle rappelle au passage que l’excès de sucre se stocke en graisse, « commence par charger le foie » et nourrit l’inflammation.
Santé ou business ? Un modèle à repenser
Pour le cancer comme pour le diabète de type 2, la praticienne oppose « thérapies chères et chroniques » à des approches d’hygiène de vie à faible coût. Elle critique les « thérapies ciblées » et l’« industrie des tests » centrés gènes, ainsi que la tendance à traiter sans pause des patients « en rémission ». En diabète 2, elle décrit des rémissions « en 6 mois » via réduction drastique du sucre, activité physique et gestion du stress, plutôt que l’escalade médicamenteuse jusqu’aux agonistes « GLP-1 » injectables, qu’elle juge dénutrissants et à risques. « Pourquoi ce modèle perdure alors qu’on n’apprend pas aux gens à manger ? » Sources: Dr Éléonore Djikeussi; témoignages de patients cités sur le site It Fat To Be Fit.
Ordre des médecins, hôpital, et parcours hors cadre
Revenant sur ses démêlés, le Dr Djikeussi raconte démissions et licenciements répétés, son intérêt pour l’approche personnalisée des Drs Nicole et Gérard Delépine à Garches, et un « procès » ordinal qui s’est « bien terminé ». Elle déplore des « staffs » où « un mâle dominant décide pour tout le monde » et revient sur la T2A (tarification à l’activité) comme un tournant ayant « détérioré la qualité des soins » et discriminé la prévention: « On confond prévention et dépistage; la vraie prévention, c’est l’hygiène de vie. »
Reprendre sa santé en main : proximité, cuisine, communauté
Face à la complexité actuelle—qualité variable des viandes/poissons, aliments irradiés, manque d’offres protéinées à 16h—elle conseille de limiter les produits transformés, privilégier les circuits courts, apprendre à cuisiner, dormir dans une chambre sans écrans, s’exposer à la lumière du jour, « revenir au basique ». Elle salue l’essor d’ateliers, de « pharmaciens cuisiniers », et invite à découvrir « It Fat To Be Fit » pour des témoignages de réversions métaboliques.
Un message aux « héros »
L’oncologue adresse un mot aux patients qui « choisissent des chemins de traverse » et vivent parfois l’isolement: « Je les remercie, je les encourage… j’appelle à une certaine indulgence, parce qu’on a le droit de faire des choix pour soi-même. »
Lecture finale
Extrait lu par l’invitée, « Le labeur d’un Dieu » de Sri Aurobindo:
« Qui es-tu qui babille des aises célestes et de la joie et de la chambre d’or pour nous qui sommes des épaves sur les mers de l’inconscient… Telle est notre terre un champ de la nuit pour nos petits feux papillotants… Voyons, tuons-le et finissons sa course. Alors nos cœurs seront délivrés du fardeau et de l’appel de sa gloire et de sa force et de la domination de sa vaste paix blanche. »
Source : Magazine Nexus
