Fraises d’Espagne, on arrête le massacre ?

Aujourd’hui, attaque en règle de la fraise d’Espagne encore trop fréquente sur nos étals. La chiquita fresa de Donana va en prendre plein la poire. Attention, ça tâche !

Toxique à tous les étages, la fraise d’Espagne fait partie de nos importations massives :
plus de 80 000 tonnes chaque année.

Qu’on se le dise, l’envie de fraises n’est pas qu’une question d’hormones. Dès les premiers beaux jours tout le monde en veut dans son assiette, polichinelle dans le tiroir ou pas. L’industrie, toujours à l’affût de nos désirs intensifie donc la cadence. En 15 ans, la production mondiale a doublé. Chaque seconde on produit dans le monde 129 kilos de la belle rouge, soit au final plus de 4 milliards de kilos chaque année. Où ça ? Aux Etats-Unis et en Espagne qui assurent respectivement 1,1 milliard et près de 300 millions de kilos. Dans ce contexte, l’Hexagone avec ses 3 000 producteurs et ses 50 à 70 millions de kilos est… aux fraises.

Fraise contre lynx
Le problème c’est qu’en France, on se boulotte près de 2 kg de fraises par an et par personne. Si vous faites le calcul, ça fait donc 130 millions de kilos de fraises avalées : le compte n’est pas bon. Garriguette, ciflorette, charlotte ou mara des bois ne font pas le poids même si l’on intensifie les productions en multipliant les cultures hors sols. Pour combler notre déficit, on n’hésite pas à faire venir la belle en camion et à lui faire parcourir près de 1500 kilomètres. Car c’est en Andalousie, dans la région de Huelva qu’on en produit le plus.

Depuis les années 60, sur la côte Ouest de l’Espagne, c’est le paradis de la fraise et l’enfer des écologistes. Sur près de 6000 hectares, de gigantesques bâches recouvrent les paysages et grignotent en toute impunité le territoire du parc naturel de Donana, l’un des plus grands sites naturels protégés d’Europe. Mais ce n’est pas tout, les cultures pompent un tiers des réserves en eau de la région se souciant comme une guigne des besoins des 500 000 oiseaux qui y trouvent refuge chaque hiver, encore moins du lynx ibérique, figure locale menacée d’extinction. Pour éviter que la zone humide ne se transforme en savane, le WWF a tiré la sonnette d’alarme en 2007, des pétitions ont tourné sur le net. Mais la fresa espagna est toujours là.

4500 tonnes de plastique sont utilisées chaque année. Fantastique !

Garantie 100% produits chimiques
Elle est bonne au moins cette fraise d’Espagne ? Si on aime les fruits au goût de concombre, pourquoi pas. Si on apprécie les produits chimiques aussi. En 2005, la DGCCRF (la direction des fraudes donc) a trouvé des traces de pesticides dans 76% des barquettes contrôlées. Le verdict d’une étude allemande est encore pire : il y aurait au total plus de 105 molécules différentes détectées, parmi lesquelles le cyprodinil, le fludioxonil, le fenhexamide, le tolylfluanide (désormais interdit en France) et l’azoxystrobine. Bon appétit.

Saisons à la carte
Vous en voulez encore ? On continue. Claude-Marie Vadrot, journaliste baroudeur de la première heure et auteur « des fraises en hiver » rappelle que la production est totalement artificielle. L’été, les plants sont placés dans des frigos pour leur faire croire que c’est l’hiver et avancer la production. Au printemps, les bâches noires permettent de chauffer à bloc le sol. Et à l’automne, c’est le grand ménage de printemps. « La terre sableuse est nettoyée, stérilisée, la microfaune détruite, avec du bromure de méthyl et de la chloropicrine. Le premier est un poison violent interdit par le protocole de Montréal sur les gaz attaquant la couche d’ozone signée en 1987 (dernier délai en 2005) ; le second, composé de chlore et d’ammoniaque est aussi un poison : il bloque les alvéoles pulmonaires en entraînant de violentes douleurs. Il a longtemps servi de gaz de combat et a été utilisé pour la dernière fois par Ali Hassan Al-Madjid dit Ali le Chimique, au Kurdistan, contre les Chiites et contre les Iraniens pour le régime de Saddam Hussein, ce qui lui a valu l’année dernière une condamnation à la peine de mort… »

Bio la fraise d’Espagne ? Certainement pas.

Résultat : à mesure que l’on trempe nos fraises dans la chantilly, les maladies de peau et de poumons explosent dans la région de Donana. Pendant que l’on commande un fraisier, des marocains, des roumains, des clandestins vivent dans des conditions plus que précaires pour un salaire de misère. Et le temps de lire cet article, plus de 3 tonnes de fraises ont été cueillies en Espagne.

A propos de l’auteur:

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Hélène Binet

Son sourire est invincible mais sa vie semble impossible. Hélène écrit pour La ruche qui dit oui, pour des sites d’information alternatifs ou la presse traditionnelle ; elle publie des guides aussi différents que « Les arbres remarquables d’Isère » ou « Belle et bio à Paris » ; elle gère sa propre Ruche, l’une des premières et des plus grandes de France ; elle a trois enfants ; elle élève un chat. Quand on y pense on perd haleine. Pas elle.

24 commentaires à “Fraises d’Espagne, on arrête le massacre ?”

  1. momo dit :

    malheuresement tout pour le profit ou sont donc les reglementations europeeenes on s’en branle sans parler des conditions de ces pauvres etrangers qui finiront par le payer de leur sante comme au guatemala dans les fermes de bananes quant aux consomateurs eh bien leur argent est plus important que la sante.

  2. Dragon dit :

    C’est bien sur abjecte tout ça! Mais, nous avons le pouvoir! Le Pouvoir de dire NON, de refuser d’acheter ce pseudos fruits toxiques pour notre santé et pour celle des gens qui travaillent dans ces plantations. Ici, en Suisse, j’ai la chance de cueillir mes fraises moi-même. Soit directement chez le cultivateur, soit dans mon propre jardin (quand j’en ai), soit directement dans la nature!
    Oui, j’entend déjà certaines personnes me dire à quel point c’est dangereux à cause de l’urine de renards!Comme si les renards s’amusaient à pisser uniquement sur les plants de fraises. Il faut savoir une chose, ça n’est pas l’urine de renard qui transmet certaines maladies, mais se sont ses selles. Depuis le temps que je mange des fraises directement durant mes balades je me porte comme un charme!
    Il est inutile de se lamenter sur ces fraises espagnole, il suffit juste de ne pas les acheter et d’attendre tranquillement que les fraises de vos jardins soient mures pour vous régaler! 🙂

    • Dom dit :

      Très bien répondu, si on arrête d’en acheter, ils arrêterons d’en produire tout simplement.

    • Poissenot dit :

      Bien vu Dragon, La seule réponse à toute cette pollution : Ne pas acheter ces fraises espagnoles !!!

    • daniele dit :

      oui vous avez raison , j’essaie de ne plus en acheter mais malheureusement ce n’est pas facile quand elles envahissent les étales à coup de promotions mais surtout j’ai bien essayé d’acheter français mais 3,49 € 250gr de fraises au lieu de 1,99 € les 500 grs , c’est pas à la portée de toutes les bourses !! je n’ai malheureusement pas de jardin et pas de champs de fraises à ramasser près de chez moi !
      si les cultivateurs français n’avaient pas autant de charges et vendaient moins chers on pourrait acheter nos produits .
      c’est l’éternel problème !!
      cordialement

      • criss dit :

        tu peux aussi ne pas en manger, comme moi.

      • Serpin HIRON Val dit :

        Bonjour, oui c est sur que les charges sont énormes et étranglent nous agriculteurs, sans compter que les intermédiaires s en mettent plein les poches…Acheter a bas pris car on a rarement le choix.. C EST LE PRIMEUR QUI FAIT SON PRIX POUR LE MULTIPLIER PAR 2 A 3 AUX GRANDES ENSEIGNES ,et on recommence encore une marge….DE PLUS…ET SANS AVOIR TRANSPIRER UNE SEULE GOUTTES!!!!notre agriculture françaises s éteint a grand feu…Des gens humbles travailleurs qui aiment leur territoire, je ne parle pas de ces gros céréaliers qui eux en veulent toujours plus et a quel prix! agriculture intensive… Mais de ceux de chez moi..qui essaie encore de se battre, de se dire que leur terre leur donne encore de quoi donner plaisir a nos papilles…
        susciter la gourmandise, l envie et la fierté d un bon produit…J EN PARLE OU!I CAR MOI FILLE ET PETITE FILLE D AGRICULTEUR J AI CONSCIENCE QUE L AMOUR DE LEUR TRAVAIL , LEUR PASSION, LEUR SAVOIR? TOUT LE COEUR QU ILS METTENT LE JOUR LA NUIT, POUR SORTIR CES BEAUX PRODUITS, EST BIEN MAL RECOMPENSE, ET SEMBLE BIEN TARD POUR SAUVER TOUT CA HELAS;;;puisqu on laisse faire le reste!

  3. Fourdinier Guillaume dit :

    Article très bien écrit! Félicitations.

  4. laurent dit :

    Il n’ a pas que les fraises qui soient en culture intensive en Espagne. Les légume, les fruits que l’on trouve chez nous en hiver sont obtenus sans respect ni pour la nature, ni pour le sol, ni pour nous. Depuis 2 ans, je n’achète plus ce qui vient d’Espagne, boycoot, un point c’est tout. Et quel plaisir de manger la première fraise de mon jardin ou la première salade. Non mais !!!

  5. Roux dit :

    Pas sure que les fraises françaises soient mieux. Nous sommes le pays en EU qui avons progressé (si on peut appelé ça une progression) le plus en épandage de pesticides et engrais!!! Je ne sais plus quoi manger!!!!!

    • Gilles dit :

      En effet… j’habite dans le Périgord, et on ne voit pratiquement plus que des cultures hors-sol de fraises… avec le lot de traitements qui va avec.
      Alors, il y a peut-être certains pesticides interdits chez nous, mais comme dirait Jean-Pierre Coffe, il n’empêche que « c’est d’la merde » ; et franchement elles sont dégueulasses (mais comment pourrait-il en être autrement pour un fruit poussant sans terre ?).

  6. Heudi dit :

    Triste de voir qu’on prend toujours le même sujet pour mettre en évidence un problème généralisé. Au final on condamne la fraise d’Espagne mais on continue à se goinfrer de n’importe quel autre fruit et légumes. Sans parler du traitement des animaux et des poissons. Un véritable bon article à notre époque devrait tout condamner.

  7. jaffeux madeleine dit :

    On me prête un bout de jardin où j’ai des « mara des bois », qui commencent à fleurir . La personne qui me prête ce bout de jardin a elle aussi beaucoup de fraises, des remontantes et des non remontantes . Or elle achète actuellement des fraises espagnoles, énormes «  » tu vois, je suis gourmande . » Et puis mon arrière petit fils  » (3 ans)) sera content … J’ai bien essayé de lui expliquer … Dur, dur ….  » toi, avec tes idées d’écologiste … »

    • gerem2 dit :

      C’est bien mieux de faire le jardin oui ! mais encore il faut acheter des graines hors catalogue européen reproductibles qui n’appartiennent pas à des entreprises si on veux que ce soit réellement meilleur pour nous et sans danger pour les générations futures, car il y a de plus en plus de graines non reproductibles (hybrides F1) et le danger est qu’il n’y ai plus que ça et que nous soyons dépendant d’entreprises qui ne s’intéressent qu’à leurs profits et non à notre santé !

  8. louloute dit :

    moi je ne prends pas des produits espagnols, ni d’autres pays je prends chez nos cultivateurs (belgique) et si pas ben je m’en passe, mais pour la petite info même les produits d’italie comme cela faut se méfier.
    après tout, pourquoi toujours regarder plus loin quand il suffit juste de se retourner et de voir les richesse que nos terre peuvent donner.

  9. danie1007 dit :

    Je boycotte tout simplement ; j’achète local ou j’attends celle de mon jardin

  10. Journ'obs dit :

    La majorité des fraises produites maintenant en France sont faites sur le même modèle!
    Installées à 1m50 de hauteur dans des gouttières imprégnées d’engrais et pulvérisées systématiquement tous les vendredis!!!
    Il faut savoir acheter ses fraises au marché à de PETITS producteurs!
    C’est pas simple!
    Journ’obs

  11. barran dit :

    Domage,que les fraises font ton de dégât,alors que c’est tellement bonnes.probleme économique et ont oublie la santé.!!!;!!;!

  12. rrancoiseP dit :

    quand les gens arrêteront d’acheter ces fruits et légumes qui viennent de si loin … tout ceci n’existera plus !!!!!

    profitons donc des produits de nos régions … et n’ayons plus le réflexe d’acheter sur les étales quand ce n’est pas la saison

    pour ma part, je n’achète mes légumes et fruits que sur les marchés et ne prend bien sur que des produits français voir de producteurs locaux de préférence !!!!! je préfère en manger moins mais de qualité

  13. Henry Cornil dit :

    Nous sommes bien d’accord : les fraises d’Espagne il faut éviter d’en manger. Mais avec la pension qu’on m’alloue généreusement, je n’ai pas les moyens de manger des fraises françaises. Il en va de même pour l’huile d’olives, les tomates « de pays » et tous les produits pour lesquels on nous dit qu’il faut consommer local et de saison.
    Surtout que, en ayant fait le sacrifice d’acheter des fraises sur un marché paysan, à 4 €/kg, je n’ai eu que des machins rouges qui n’avaient que le goût du sucre rajouté dessus…

    • gerem2 dit :

      Réflexion sur les prix des choses en magasins ou ailleurs …
      Est-ce que ce sont les prix qui sont important ou est-ce la possibilité d’avoir du travail localement ? Car par exemple les gens qui travaillaient par exemple chez Phillips et qui construisaient des téléviseurs en France à disons 2000 francs avant qu’il n’y en ait à 1000 francs made in china et qui ce sont mis à acheter ces télévisions comme tout le monde car des pubs ont fait pensez que le prix moins cher allaient augmenter leurs pouvoirs d’achat ! Ces gens ont à termes perdus leurs emploies comme dans tous on presque tous les domaines en France car les pubs fait croire aux gens que l’important c’est les prix alors que non, c’est l’argent qui circulent localement qui l’es ! Réfléchissez à chaque achat ce que ça engendre et n’acheter que si vous pensez que ça correspond à vos envie d’évolution des choses ! Pour qu’à termes vos envie de changement ce réalise !

  14. gerard dit :

    c est pas grave notre corps est bourré de produits toxiques et chimiques depuis 1947……au 19° siècles 42 ans de moyenne de vie aujourd’hui 80 et +

  15. Bob l eponge dit :

    Arretez d’acheter tout produit alimentaire venant d espagne ou de belgique, concombre, fraise, clementine et j’en passe…tout est cultive hors saison bourre de pesticide..

    Donc oui meme si j’ai pas les moyen jvais acheter de la clementine corse, des gariguettes ou du raison de france car je sais d’ou ca vient et comment c’est cultive…

    • Journ'obs dit :

      Comme je l’ai dit plus haut, la majorité des fraises produites maintenant en France sont faites sur le même modèle!
      Installées à 1m50 de hauteur dans des gouttières imprégnées d’engrais et pulvérisées systématiquement tous les vendredis!!!
      Il faut savoir acheter ses fraises au marché à de PETITS producteurs dont on connait la méthode de culture!
      C’est pas simple!
      Journ’obs

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