Ce que j’aimerais que plus de gens comprennent au sujet de la perte d’un enfant

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Quatre ans et demi après la mort de mon fils aîné, je suis finalement allé à un groupe de soutien aux personnes en deuil pour les parents qui ont perdu un enfant. Je suis allé soutenir un ami qui a perdu son fils récemment. Je ne suis pas sûre que j’y serais allé si ce n’est que lorsque je me suis trouvée dans sa situation il y a quatre ans, j’aurais aimé avoir un ami pour m’aider. Perdre un enfant est le parcours le plus solitaire, le plus malheureux qu’une personne peut prendre et les seules personnes qui peuvent le comprendre sont celles qui en font l’expérience.

La réunion avait lieu dans une section locale des Amis Compatissants (site Français et site Québécois), une organisation qui se consacre uniquement à fournir un soutien à ceux qui ont perdu des enfants, petits-enfants ou frères et sœurs. L’animateur était un homme grand qui avait perdu son fils de 17 ans huit ans auparavant. Il a ouvert la réunion en disant que les cotisations pour appartenir au club sont plus élevées que ce qu’aucune personne n’était prête à payer. Eh bien, il avait raison: personne ne veut appartenir à ce groupe.

Ce groupe de personnes incroyables ayant survécu à leurs enfants était composé de parents dont les enfants avaient été tués par des conducteurs ivres, ou assassinés, ou victimes d’une overdose accidentelle, d’alcoolisme, de suicide ou d’accidents horribles. L’âge des enfants allait de 6 à 38 ans. En entendant ces histoires, j’avais une réaction viscérale à l’idée d’appartenir à ce groupe, mais la grandeur d’âme de ces mères et pères me rendait aussi plein d’humilité.

Ce que je partage ici provient en grande partie de cette réunion, mais aussi de ma propre expérience d’avoir perdu un enfant et de me trouver depuis quatre ans dans cette démarche perpétuelle de guérison d’un profond chagrin. Les cinq conseils suivants peuvent être votre boussole pour vous aider à savoir comment donner un soutien aux parents en deuil au cours d’un voyage sacré qu’ils n’avaient jamais voulu entreprendre.

1. Souvenez-vous de nos enfants.

Perdre des enfants est une douleur que tous les parents endeuillés partagent, et c’est un degré de souffrance qui est impossible à percevoir sans l’avoir éprouvée soi-même. Souvent, quand on sait que quelqu’un d’autre connaît cette douleur, notre malaise nous empêche de l’aborder de front. Mais nous voulons que le monde se souvienne de notre enfant ou de nos enfants, quelque soit son âge.

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Si vous voyez quelque chose qui vous rappelle mon enfant, dites-le moi. Si l’on vous rappelle, pendant les vacances ou à son anniversaire, que mon enfant me manque, s’il-vous plaît, dîtes-moi que vous vous souvenez de lui. Et lorsque je prononce son nom ou évoque des souvenirs, revivez-les avec moi, ne fuyez pas. Si vous n’avez jamais rencontré mon enfant, n’ayez pas peur de poser des questions à son sujet. L’une de mes plus grandes joies est de parler de Brandon.

2. Acceptez le fait que vous ne pouvez pas apporter de remède.

Un décès aussi incongru que la perte d’un enfant brise une personne (en particulier un parent) à tel point qu’il ne peut jamais s’en remettre – jamais! Nous apprenons à ramasser les morceaux et à avancer, mais notre vie ne sera jamais plus la même.

Chaque parent en deuil doit trouver un moyen de continuer à vivre avec et c’est un voyage solitaire. Nous apprécions votre soutien et espérons que vous pouvez être patient avec nous lorsque nous cherchons notre chemin.

S’il-vous-plaît: ne nous dites pas qu’il est temps de revenir à la vie, que cela fait assez longtemps, ou que le temps guérit toutes les blessures. Nous apprécions votre soutien et votre amour, et nous savons que par moments, c’est difficile à voir, mais notre cassure ne va pas disparaître. C’est quelque chose à observer, à reconnaître, à accepter.

3. Sachez qu’il existe au moins deux jours par an où nous avons besoin d’une parenthèse.

Nous comptons toujours les anniversaires et imaginons comment notre enfant serait s’il ou si elle était toujours vivant(e). Les anniversaires sont particulièrement difficiles pour nous. Notre cœur souffre de célébrer la venue de notre enfant dans ce monde, mais nous restons intensément conscients du trou laissé dans nos cœurs. Certains parents créent des rituels ou organisent des fêtes tandis que d’autres préfèrent la solitude. De toute façon, nous allons avoir besoin de temps pour gérer le passage d’une nouvelle année sans notre enfant.

Ensuite, il y a l’anniversaire de la date où notre enfant est devenu un ange. C’est un processus semblable à celui du parent d’un nouveau-né, d’abord compter les jours, puis les mois, puis le premier anniversaire, marquant le temps de l’autre côté de cette crevasse dans nos vies.

Quel que soit le nombre d’années qui passent, la date anniversaire de la mort de notre enfant ravive des mémoires d’émotions profondes et de sentiments douloureux (en particulier s’il y avait un traumatisme associé à la mort de l’enfant). Les jours qui nous rapprochent de ce jour-là peuvent être ressentis comme une catastrophe imminente ou comme un étouffement. Selon les cas, il se peut que nous vous faisions part de ce qui se passe ou pas.

Et c’est là que le processus du souvenir va aider. Si vous m’avez entendu parler de mon enfant ou si vous m’avez soutenu à me rappeler de lui ou d’elle, vous serez en mesure de reconstituer l’histoire et de savoir quand ces jours difficiles approchent.

4. Prenez conscience que nous sommes en difficulté chaque jour avec le bonheur.

C’est une bataille permanente pour équilibrer la douleur et la culpabilité de survivre à votre enfant avec le désir de vivre d’une manière qui leur rende honneur ainsi qu’à leur passage sur cette terre.

Je me souviens d’être allé en croisière en famille dix-huit mois après la mort de Brandon. Le premier jour, je me tenais à l’arrière du navire et je hurlais que je ne pouvais pas partager cette expérience avec lui. Ensuite, il a fallu que je me calme, et que je reconnaisse que je créais aussi des souvenirs avec mes fils vivants, et profitais du temps passé avec eux dans le moment présent.

En tant que parents endeuillés, nous oscillons constamment entre contenir notre chagrin d’une part et mener une vie heureuse après la perte d’un enfant d’autre part. Vous pourriez l’observer lorsque vous êtes avec nous à un mariage, une cérémonie de remise de diplôme ou toute autre célébration importante. Ne fuyez pas, soyez-en témoin avec nous et accompagnez-nous dans cette démarche.

5. Acceptez le fait que la perte de notre enfant peut vous mettre mal à l’aise.

La perte de notre enfant est contre nature, inacceptable; elle défie votre sentiment de sécurité. Il se peut que vous ne sachiez pas quoi dire ou quoi faire, et vous craignez de nous décontenancez. Nous avons appris tout cela dans le cadre de ce que nous apprenons sur le deuil.

Nous n’oublierons jamais notre enfant. Et en fait, la perte de notre enfant est constamment juste sous la surface d’autres émotions, même du bonheur. Nous préférerions perdre le bonheur après vous avoir entendu prononcer son nom et avoir évoqué notre enfant, que d’essayer de nous protéger de la douleur et de vivre dans le déni.

Le chagrin est le balancier de l’amour. Plus l’amour est fort et profond, plus le chagrin sera fort et profond. Considérez cela comme une occasion sacrée d’épauler une personne qui a enduré l’un des événements les plus effrayants de sa vie. Accompagnez-nous.

par Paula Stephens